—Que je sollicite depuis si longtemps en vain.
—Vous allez le savoir. Il y a des moments où ma solitude me pèse. Mon amant a une famille qui le tient et dont il m'assomme. Je ne peux pas sortir avec lui. Jamais de parties fines, point de voyages; le spectacle comme ce soir, toute seule dans un coin.
—Mais il y a le duc de Charnay! il parle assez de son Angèle.
—Une ancienne liaison!
—Qui renaît de ses cendres de temps en temps.
—Vous savez; quand on a soupé ensemble, il est difficile de refuser...
—Ce qu'on a déjà donné.
—Mais il m'est insupportable avec ses manières de coquette, ses bijoux aux doigts, ses diamants à la chemise. Ce n'est pas un homme, c'est une poupée, un mannequin de tailleur, et je suis sûre qu'il ne passe pas auprès d'une fontaine sans se mirer dedans. Et pas le sou. Il est obligé de compter et nul besoin de savoir beaucoup d'arithmétique pour additionner ses biens. Prodigue en apparence, ladre au fond comme un usurier. Il ressemble aux papillons. De la poudre d'or sur les ailes. Quand on a soufflé dessus, il n'en reste rien.
—Et le jeune Abraham?
—Autre misère. Bête comme une oie et encore, s'il avait été au Capitole...