Les paroles de Duvernet lui sonnaient aux oreilles comme une crécelle importune.
Qu'est-ce qu'on avait donc à se mêler de ses affaires? Après tout, elles ne concernaient que lui et ses tracas d'intérieur n'intéressaient pas les autres.
Sa femme, son Hélène, passe. Elle avait le droit de lui adresser des reproches, mais elle se taisait et franchement Duvernet abusait des licences de l'amitié pour s'occuper d'une intrigue sur laquelle il aurait bien pu fermer les yeux.
Il est vrai qu'il allait être de la famille s'il épousait Denise.
C'était sa première confidence sur ses projets.
Chazolles en ressentait comme une attaque subite de ce mal qui lui était inconnu auparavant: l'envie.
Ah! certes, ce politique avait été plus fin que lui. Il avait épuisé les plaisirs, les jouissances de la jeunesse; mené une joyeuse existence qui ne lui laissait rien à apprendre désormais. Il devait avoir dans ses secrétaires des cases pleines de portraits de femmes, de billets parfumés, de lettres d'amour.
Il ne s'était rien refusé et maintenant il s'offrait, lorsque lui, Chazolles, était obligé de demander de nouvelles joies à une liaison illégitime, des plaisirs délicats dans un mariage qu'il pourrait publier à grand renfort de trompettes, sur lequel on le féliciterait de toutes parts et qui jetait dans ses bras une jeune fille belle, riche, pure et ornée de tout ce qui donne le charme, excite l'enivrement et flatte l'orgueil, l'esprit et les sens d'un homme.
Ce Duvernet avait toutes les chances!
Chazolles s'en allait à la dérive, parmi les bookmakers, les chevaux, les femmes et les jockeys, ne songeant ni aux uns ni aux autres, ne saisissant aucun détail de ce panorama mouvant et bigarré qui se déroulait sur l'hippodrome, dans les tribunes et le long de la piste.