Charnay, qui le comprit, mit en œuvre toute sa science. Il porta à Chazolles des bottes rapides qui furent déjouées par l'épée inflexible du Normand.

Alors la colère gagna le duc. En face de ce rude et robuste gaillard, qui demeurait tranquille et presque souriant, il devint agité, nerveux, inégal. Il perdit son sang-froid et tenta des coups extravagants, dont à plusieurs reprises Chazolles aurait pu profiter pour l'embrocher comme un poulet.

Finalement, après deux reprises, entre lesquelles le redoutable agriculteur lui laissa le temps de se remettre, il se jeta lui-même sur le fer de l'amant d'Angèle, qui n'eut que le temps de le détourner.

Grâce à cette indulgence, visible pour les témoins, la pointe de l'épée, au lieu de lui trouer la poitrine, pénétra dans l'épaule de quelques centimètres seulement.

Charnay poussa un léger cri et laissa tomber son arme en s'affaissant dans les bras de ses témoins.

Le docteur Guérin, qui assistait les combattants, examina la blessure.

—Une misère, dit-il. Le blessé en sera quitte pour quelques jours de repos.

—Vous en répondez, docteur? demanda Duvernet.

—Sur ma tête.

Charnay, remis de sa première émotion, sourit à son adversaire.