Et pourtant Chazolles, au moment où il était parvenu au comble des ambitions satisfaites, n'en éprouvait pas la moindre jouissance.

Il se trouvait au contraire plus petit, plus inutile, plus impuissant.

Il rongeait son frein de colère vaine, et tout lui échappait.

Sa famille, sa femme, ses enfants l'avaient abandonné, sans plainte, sans cri, sans murmure même; mais il sentait que c'était bien fini, que le mal était irréparable. Entre Hélène et lui la rupture était complète. C'était pour le monde qu'elle avait le courage de conserver son secret en elle comme un martyr à qui un serpent enfermé dans sa tunique rongerait la poitrine.

Elle savait tout ou du moins elle en savait assez pour n'avoir plus ni estime ni amour pour lui. Il lui faisait horreur puisqu'elle s'éloignait en toute hâte, ne voulant pas rester un jour de plus sous le même toit que lui.

Et cette Angèle qui n'était pas revenue!

Elle n'avait pas reparu. Sans doute on ne la reverrait plus.

Tout s'en allait donc à la fois, sa femme froissée par l'outrage qu'il lui avait infligé, sa maîtresse qui ne l'aimait pas et ne l'avait jamais aimé.

Et pourtant, en ce moment même, malgré la certitude de la fausseté de cette blonde aux yeux languissants, malgré le rôle ridicule qu'elle lui imposait et l'odieuse comédie dont il avait été la dupe, malgré le flot de rage qui lui montait au cerveau et le suffoquait, il se sentait plus épris que jamais des charmes de cette rouée élégante et perverse qui le plantait là, sans façon, sans regret et ne lui donnait même pas signe de vie.

Il ressemblait au buveur d'opium. Il en mourait et il en voulait.