Il passa devant l'huissier de service, traversa quelques salons aux vives dorures et fut introduit dans un immense cabinet aux rideaux de damas fanés, où plusieurs groupes d'hommes noirs causaient avec animation dans les coins.
Une table couverte d'un tapis vert tenait le milieu de cette vaste pièce et des fauteuils confortables tendaient les bras aux personnages chargés, pour le moment, des destinées de la France.
Dans une embrasure, Duvernet, pimpant, le triomphe sur le visage, causait avec un monsieur au teint pâle, flegmatique, qui l'écoutait patiemment, mais avec une indifférence stéréotypée sur ses traits effacés.
—Bonnes nouvelles, monsieur le président, disait le nouveau chef du cabinet. La Bourse a monté hier soir. Le cinq a fait un joli saut. C'est une hausse d'un franc.
Le personnage au teint pâle secoua la tête:
—C'est toujours comme ça, dit-il, au début. Le salut d'usage.
—Je crois que le pays accueille avec sympathie le nouveau ministère, un ministère jeune, vigoureux, bien intentionné.
—Le pays ne les accueille pas autrement.
—La presse est unanime. Le ministère Ramet n'avait décidément pas de partisans.
—Un ministère tombé, pensez donc, mon bon ami!