XXXIV
Il y avait réception au ministère de l'intérieur; c'était fête dans les salons de l'hôtel Beauvau; Chazolles n'avait pu se dispenser d'assister son ami en cette occurrence. Le ministère entier s'épanouissait autour de son chef. Tout le monde officiel était là.
Du reste, Duvernet était dans la lune de miel d'un pouvoir frais encore. Il n'avait pas d'adversaires visibles. On n'abat pas une maison le jour où les maçons viennent d'y planter leur drapeau. Il faut du temps à toute besogne.
Peu à peu les tarets se glissent dans les charpentes, les rats creusent leurs galeries sous les tentures, les cours d'eau souterrains minent les fondations, les infiltrations des toits pourrissent les murailles et l'édifice s'écroule dans les catacombes qui cèdent ou sur la place publique au risque d'écraser les passants.
Le cabinet Duvernet n'en était pas là.
Il se tenait ferme sur ses bases, jusqu'à nouvel ordre. Les tarets et les rats parlementaires ne s'étaient pas mis en campagne. Ils se recueillaient en cherchant des fissures.
Chazolles promenait dans les salons sa mine ennuyée en étouffant un bâillement.
La veille il avait été retenu fort tard au ministère par un dîner qu'il offrait, en garçon, à ses collègues.
Lorsqu'il était arrivé à la rue du Colisée, madame Adrien lui avait appris qu'Angèle, sortie dans l'après-midi, n'était pas de retour.
Il l'avait attendue et elle n'était rentrée que vers une heure du matin, les cheveux en désordre, lasse et maussade.