—Tu vois, dit philosophiquement Duvernet, découragé des mille liens de l'habitude qui lui enchaînaient les mains et le forçaient à se traîner dans les sentiers battus par ses prédécesseurs, ici la cuisine et le service sont les mêmes. Il n'y a que les invités qui changent.
Chazolles était visiblement préoccupé.
Il parla peu.
Duvernet, lui, s'étendit avec une complaisance bien naturelle sur ses projets d'avenir.
Il était las de son ministère. Le pouvoir lui pesait. C'est une lourde charge par le temps qui court et après tout ce n'était pas lui qui gouvernait. Il faudrait être un Titan pour supporter le fardeau des affaires, avec les secousses que le moindre Mirmidon peut imprimer à la machine gouvernementale par un amendement, une interpellation ou un projet de loi ridicule, éclos dans une cervelle mal équilibrée.
On veut faire le bien et on ne peut pas.
On tente d'agrandir l'influence de son pays par les voies les plus pacifiques. On se heurte à l'obstination de groupes entêtés qui veulent à tout prix stationner dans leur immobilité. Or, qui n'avance pas recule.
Et puis il faut un désintéressement énorme, une abnégation puissante pour sacrifier les joies de la famille à une tâche ingrate.
C'était bon quand il était garçon!
Il le reconnaissait maintenant.