—Je ne sais pas ce que je vais faire, dit-elle. Peut-être ma tante sera libre. Je l'emmènerai au théâtre. Si monsieur vient, dites-lui que je serai ici vers minuit, certainement.
—Bien, madame.
Elle revint et se déganta la main droite.
—Ou plutôt, non, fit-elle, je vais lui laisser un mot. C'est plus sûr. De cette façon vous pourrez monter à votre chambre et dormir, quand vous voudrez.
Elle s'assit devant un bureau de laque japonaise, un cadeau de sa fête, et écrivit ce qui suit:
«Mon meilleur ami,
»Je suis rentrée au moment où tu venais de partir. C'est ennuyeux. J'ai des idées noires depuis deux jours. Je voulais aller me promener avec toi, en catimini, en voiture fermée, dans les coins du bois. Et tu es à ta vilaine Chambre. Est-ce qu'on ne fermera pas bientôt cette parlotte? Il paraît qu'il y aura une séance à tapage. J'ai des amies qui vont y courir comme au feu. Moi, je ne suis pas curieuse et je préfère autre chose. Je vais aller devant moi, je ne sais où, à l'aventure, pour me distraire, et peut-être au théâtre, avec ma tante si elle veut, ou des amies, si j'en racole. Ce n'est pas facile. Il commence à ne plus rester personne dans Paris et chez moi j'ai des frayeurs depuis qu'il y a eu ce mort dans la maison.
»Si tu veux me voir, pour le cas où tu viendrais, je serai là vers minuit, au plus tard.
»Ton blessé, le petit duc de Charnay, est guéri. Sa pâleur lui donne un air intéressant qui fait des conquêtes. Tu lui as rendu un fier service, car il commençait à ne plus faire d'argent avec sa pose.
»Un baiser sur tes lèvres, d'Artagnan!