»Ta petite Angèle.»

Elle ferma la lettre et la mit en évidence sous un poignard à manche d'ivoire très artistique qui lui servait à couper les feuillets des romans à l'aide desquels elle berçait ses ennuis.

—Comme cela, dit-elle à Michelle, pas de reproches à craindre. Allez vous coucher de bonne heure. Monsieur a sa clef. Ne vous fatiguez pas à l'attendre.

Elle savait que les journaux avaient parlé de l'affaire du café Durand de façon à attirer l'attention de son amant, et si une explication devait avoir lieu, elle préférait que ce fût entre eux et sans témoins.

Elle tira la porte avec fracas derrière elle et descendit l'escalier.

Madame Adrien s'était étendue au frais sur son fauteuil à l'entrée de sa loge.

—Vous voilà déjà partie, dit-elle, quand la jeune femme passa devant elle.

—Oui, j'ai horreur de la solitude.

Elle s'éloigna, en promenant dans la rue, avec l'incertitude d'une femme qui n'a pas de but fixe, sa grâce ondoyante et féline.

Dix minutes après, une matrone d'une cinquantaine d'années, d'une corpulence exagérée, les seins débordants, la face large, rouge et bourgeonnée, aussi commune que la concierge était distinguée, le cou gros et court enfoncé dans les épaules comme un coin dans une bûche, les mains épaisses comme des battoirs et la taille sanglée dans une robe de satin broché, constellée de chaînes d'or et de massives breloques, envahit le vestibule avec un bruit de pas lourds, et posa sans façon un petit panier auprès de la concierge.