Et comme Chazolles se taisait, la tête cachée dans ses mains.
—Je savais bien ce qui m'attendait; une querelle, des reproches! De quel droit pourtant? Sommes-nous mariés? Le maire et le curé ne sont pour rien dans nos arrangements. Je vois ce que tu vas me dire. C'est toi qui m'entretiens! Apparemment parce que c'est ton plaisir! L'argent, je m'en moque. Est-ce que j'y tiens? J'ai ma tante Pivent et mon cousin Méraud. Ils m'aiment comme je suis! Je ne fais donc que ce qui me plaît. Il faut te fourrer cette idée-là sous les cheveux, Excellence. Si je me suis donnée à toi, c'est que je le voulais bien. J'ai le droit d'en faire autant pour les autres.
Des gouttes de sueur perlaient au front de Chazolles.
Il essuya avec son mouchoir ces larmes que la honte et l'indignation lui arrachaient.
Il releva la tête et vit cette fille élégante, à la figure suave et sereine, qui s'exprimait comme une harengère et le traitait, lui, qu'elle nommait avec dérision: Excellence! comme elle n'eût pas traité un portefaix ou un chiffonnier.
Ce contraste entre la virginité du visage, la candeur effarouchée des yeux, les blancheurs satinées de la peau, la perfection idéale des bras et des mains, et la banalité, la rudesse grossière et basse des paroles, le plongeait dans une stupeur hébétée.
—Ainsi, reprit-il, tu veux me quitter?
—Oui, si tu ne te contentes pas de ce que je te donne.
Et tout à coup, par un de ces revirements si fréquents chez elle, elle reprit, câline:
—Ne te forge donc pas des peines et des ennuis. Pourquoi faire?