—Prends garde, dit-elle, tu me fais mal. Tu as tes nerfs.
—C'est vrai! je suis malade. Je tremble la fièvre.
Et sa voix devint plus grave.
—Angèle, dit-il, je t'ai bien aimée, moi! Lorsque je t'ai vue pour la première fois, j'ai compris que ma destinée était liée à la tienne. Alors j'ai changé ma vie. Là-bas, au fond de ma province, le soleil, loin de toi, me semblait glacé, les bois étaient tristes, ces bois auparavant pleins de bruit et de fanfares; la musique des chiens courant le cerf m'ennuyait. La maison où m'accueillait le sourire de la sainte qui est ma femme, où des bébés blancs et roses m'ouvraient leurs bras, me parut vide et morne.
Les jardins étaient tristes, les champs n'avaient plus de charmes. Qu'ai-je fait? J'ai déserté ce paradis de l'amour pur et sans reproche, pour cet enfer, pour cette odieuse fournaise de Paris. J'ai cherché un prétexte à mes absences et l'ai trouvé sans peine. Pourquoi, si tu me réservais de si cruelles déceptions, t'es-tu placée sur ma route? Pourquoi te faire un jeu de m'enivrer de tes regards, de tes caresses? Pourquoi m'as-tu promis ce que tu ne tiens pas? Pourquoi m'avoir menti quand rien ne t'y contraignait, quand la misère même, cette suprême excuse des femmes qui tombent, n'était pas là pour t'absoudre?
As-tu quelque reproche à m'adresser? Non! J'ai assuré ton avenir. Tu es indépendante et libre pour la vie. J'en espérais quelque gratitude et tu m'exaspères avec tes insolences. Tu veux me quitter. Mais après? Que me restera-t-il à moi, qui t'ai tout sacrifié? Excepté toi, je n'ai plus rien! Voyons, fais un effort, rappelle-toi! Que nous disions-nous, seuls tous deux, sous les ombrages de nos bois, dans les profondeurs des bosquets du Val-Dieu?
Et maintenant, quelle décadence! Après un an de félicité, parce que j'étais imbécile et crédule, sont venues les heures terribles. La jalousie a parlé. Alors sont arrivées les querelles, les colères de chaque jour, des blessures mortelles. Et de mon côté, j'en rougis, des emportements que tu te fais un malin plaisir d'exciter. Tu te plais à déchaîner une rage qui s'abaisse jusqu'à la brutalité, à aiguillonner un orgueil dont tu connais les violences. Mais c'est à se suicider pour cette dégradation où tu me fais descendre!
Moi, un homme du monde, un galant homme, je suis devenu un jouet pour tes caprices, tu me foules aux pieds comme ce tapis sur lequel tu marches; tu me jettes à la face des mots qu'une fille du ruisseau garde pour les êtres abjects qui vivent de ses vices et de ses largesses! Plus mon respect et mes attentions s'humilient devant toi, plus tes audaces grandissent et tes dédains redoublent! Ah! quel mal tu causes, et avec quels raffinements tu enflammes les plaies que tu fais!
Elle essaya de s'arracher de ses mains et n'y pouvant parvenir:
—As-tu fini? dit-elle.