—Tu veux des amants?

—Tu as bien une femme et une maîtresse! Après tout, j'ai été élevée comme ça, moi! Je ne suis pas de ces demoiselles qu'on garde avec des escortes de bonnes pour les préserver d'un accroc à leur robe d'innocence. Tu aurais dû le savoir! Encore n'y parvient-on pas souvent!

—Ah! fit Chazolles avec dégoût, tout sombre dans ce naufrage sous ton souffle de femme perdue! Je ne sais plus ce que je fais, d'où je viens ni où je suis! J'ai peur de moi et je me sens capable d'un crime, d'un trait de folie sans remède. J'essaye de me raisonner, de me détacher de cette vile passion qui m'entraîne à ta suite. Je pense à tes perfidies, à tes chutes, rien n'y fait! Plus je m'efforce de sortir du bourbier, plus je m'y enfonce! Tes yeux sont pour moi ce qu'est la liqueur mortelle pour un alcoolique qu'elle abrutit et qu'elle tue! Malheureuse et tu te joues de moi! de mon honneur, de ma paix, de mon repos! Prends garde. Tu ressembles au dompteur qui se rit de la férocité de ses lions et finit par être dévoré.

—Comédie! Allons, dit-elle après un silence, c'est bien décidé; nous ne nous reverrons plus? Tu ne veux pas?

—Tu pars?

—Demain.

Et, très calme en apparence, elle ajouta:

—Cela vaudra toujours mieux que d'être dévorée. Tu es féroce, mon pauvre Maurice, pour un ministre de l'agriculture. Va-t'en. Le temps est un grand maître. Il te guérira.

Elle s'était levée encore une fois.

Sa taille cambrée ondulait sous la batiste transparente qui dessinait ses formes sans défaut et se teintait de la couleur de sa chair rosée.