Chazolles frissonna à la pensée qu'il la voyait pour la dernière fois.

Il hésitait. Il ne pouvait pourtant pas renoncer à elle. Il aurait préféré la voir morte!

—Et si cette séparation me rend fou? Si je t'aime trop pour la supporter? Si je me tue dans un instant d'égarement; si je compromets l'honneur d'un nom jusque-là intact! Si la seule idée que tu es à d'autres me rend capable de tout, n'auras-tu pas pitié de moi?

—Des phrases! On ne tue pas sa maîtresse et on ne se tue pas parce qu'elle cesse de vous aimer. Paris serait dépeuplé en huit jours. Tu es stupide.

—Oui, stupide d'amour, fou de colère. Tu as été le poison! Tu as infiltré dans mes veines le feu qui me brûle. Depuis notre fatale rencontre, je n'ai pas eu une minute de joie. Tant que tu vivras, tu me causeras des tortures pareilles!

J'ai tout fait pour m'étourdir. Rien n'a réussi.

Malgré ton indignité, je te veux et je te veux à moi. Tes mensonges, tes dédains, tes trahisons irritent mon amour au lieu de l'éteindre. Toi vivante, je n'aurai pas un instant de repos! Ne vaut-il pas mieux mourir tout d'un coup plutôt que de s'avilir et de se dégrader?

Il lui appuya la main sur l'épaule si rudement qu'elle tomba à ses genoux.

—Ah! cria-t-elle, tu es un lâche!

Ce mot le fouetta au visage comme un coup de cravache. Jamais un homme n'aurait osé lui jeter cette insulte à la face.