Et comme il se taisait:

—Heureux, reprit-elle avec une ineffable bonté, tu pouvais être à d'autres; malheureux, tu m'appartiens. Je veux tout savoir. Si tu as une peine, tu m'en dois la moitié. Tu me caches un secret!

—Eh bien! oui, murmura-t-il, j'en ai un; il m'étouffe et j'en meurs.

—Ah! s'écria-t-elle, parle et fût-ce un crime, s'il te rend à moi, je le bénirai.

Alors, en se jetant aux pieds d'Hélène comme à ceux d'un confesseur, il lui raconta tout.

Il repassa l'histoire de ses deux dernières années, de sa trahison envers elle, la plus sainte, la plus adorable des femmes, la meilleure des mères. Il lui raconta la fascination que cette fille exerçait sur lui, ses luttes, ses remords de la peine qu'il lui causait à elle, son Hélène, ses vains efforts pour se soustraire à la tyrannie d'une passion indomptable et toute-puissante; il lui expliqua les conseils discrets de Duvernet, conseils qu'il aurait voulu suivre et auxquels il résistait malgré lui; il entra dans tous les détails de sa vie, ne s'excusant jamais, s'accusant au contraire comme un criminel indigne de pardon. Enfin, il dit la vérité sur cette mort tragique de la malheureuse Angèle, son dévouement pour le sauver, lui qui l'avait tuée, assassinée dans un accès de folie!

Hélène l'écoutait immobile, pâlie et frémissante sous l'éclat de la lune qui s'était levée et perçait la voûte de feuillages qui les recouvrait, belle de la beauté surnaturelle des femmes pures et douces dont la vie est une suite de résignations et de dévouements.

Lui, courbé comme un coupable qui va entendre son arrêt, il attendait, anxieux et abattu, mais déchargé d'un poids qui l'écrasait.

Elle lui tendit la main:

—Viens, dit-elle. Elle t'a pardonné; je te pardonne aussi, c'est le rôle des femmes! Nous ferons du bien pour elle!