Le vieillard regardait sa fille avec un indicible amour, la serrait dans ses bras, baisait ses longs cheveux répandus autour d'elle, et puis levait ses yeux au ciel comme pour le remercier de lui avoir encore permis d'embrasser sa noble fille.
—Ange, lui disait-il, charme de ma vieillesse, ange de mes derniers jours, adieu! Vis pour consoler ta mère; va, va, Zabeth, laisse-moi.
—Non, non, je ne te quitte point, et je mourrai là, sur ton sein, si je ne puis te sauver!
Et la jeune fille s'attachait plus étroitement encore à lui, cherchant à le couvrir de son corps.
—C'est un aristocrate! cria Maillard d'une voix enrouée; emmenez-le.
—C'est un vieillard sans force et sans défense! reprit la jeune fille; voyez ses cheveux blancs, vous ne pouvez pas lui faire du mal! Non, non, c'est impossible! Épargnez mon père, mon bon père!
Ici un homme au bonnet rouge baissa son sabre et s'appuya sur la poignée en faisant ployer la lame; il semblait incertain.
Au dehors, les bourreaux s'étaient arrêtés, plusieurs même s'étaient approchés de la porte; ils écoutaient cette enfant. Les accents de sa voix remuaient leurs cœurs farouches; son appel à des sentiments qui vivaient encore en eux à leur insu les subjuguait. Quand elle eut fini de parler, haletante, épuisée, l'un dit:
—Mais ça m'a l'air de braves gens, ça; pourquoi leur faire du mal?
Ces mots opérèrent une réaction.