—… «Louise d'Obligny.»

Il y eut un moment de silence, semblable à celui qui suit un coup de foudre. Le financier avait bondi sur sa chaise: en moins d'une minute, son visage avait passé par les tons les plus divers, depuis le pourpre jusqu'au violet, depuis le blanc le plus mat jusqu'au noir le plus abyssin. Il parvint enfin à se lever de son siége, et après des efforts inouïs pour ouvrir la bouche:

—Ma femme! s'écria-t-il.

IV
LE DESSERT

Dire ce qu'éprouva le Mondor est impossible. Il avait d'abord, sous le coup de sa première stupeur, roulé dans sa tête les projets de vengeance les plus extravagants, les coups d'épée les plus furibonds. Il s'était, en idée du moins, baigné dans une mare de sang et avait pourfendu à lui seul une demi-douzaine de chevaliers. Cette petite débauche d'imagination dura peu de minutes,—le temps de se souvenir des deux ou trois derniers duels de M. de Pimprenelle. Il n'en fallut pas davantage pour éteindre le beau feu du Mondor. Tout à l'heure c'était de la flamme, un moment après ce n'était plus que de la braise.

Il retomba sur sa chaise.

—L'abbé… dit-il en soufflant péniblement, donnez-moi à boire.

L'abbé lui versa du tokay avec un affectueux empressement. Le financier but son verre d'un seul trait, puis il se mit à regarder en silence le chevalier.

—Ainsi, monsieur, reprit-il lorsque ses sens furent un peu rassis, c'est donc vous l'heureux mortel sur qui madame d'Obligny dispense aujourd'hui ses faveurs?

Le chevalier écarquilla les yeux.