Elle releva doucement le front, au bruit que fit en entrant son mari, accompagné du chevalier de Pimprenelle; mais elle garda le livre qu'elle tenait à la main, et se contenta de saluer avec un sourire. Rien sur son gracieux visage ne peignait le moindre trouble, n'indiquait la moindre altération.

M. d'Obligny se sentit comme interdit à la vue de ce calme parfait,—de cette solitude parfumée et silencieuse. Il promena ses yeux autour de lui. Un moment il crut avoir rêvé, et il eut honte de son rêve. Par malheur, il réussit à s'arracher à cette illusion consolante, et, s'approchant de sa femme:

—Mille excuses, madame, lui dit-il d'une voix qu'il tenta de rendre railleuse, si je viens vous déranger de votre lecture. Je n'ai pu résister au désir de vous amener—moi-même—M. le chevalier de Pimprenelle… que voici.

Le chevalier s'inclina respectueusement.

—Savez-vous bien, madame, continua le financier, que c'est au plus mal à vous de nous dérober de la sorte vos amis, surtout quand il se fait que ce sont précisément les nôtres? Sans le hasard qui m'a livré cette heureuse découverte, jamais secret d'État n'eût été mieux gardé des deux parts.

Madame d'Obligny contempla tour à tour son mari et le chevalier. Puis elle posa le volume sur le guéridon, et, croisant les mains, elle dit machinalement:

—Ah! monsieur est un de mes amis?

Le chevalier, qui regardait les peintures, s'inclina pour la deuxième fois.

—Figurez-vous, poursuivit M. d'Obligny après une pause de muette indignation, la rencontre la plus originale, la plus extravagante qu'il soit possible d'imaginer, n'est-ce pas, chevalier?—Nous soupions ce soir dans sa petite maison, une maison charmante, sur ma parole, lorsqu'au beau milieu du dessert, un grand maladroit de valet…—Comment nommez-vous ce butor, chevalier? Est-ce que vous n'allez pas le faire bâtonner un peu, en rentrant?

—Certes! murmura le chevalier de Pimprenelle en fermant le poing.