—Avouez que cette aventure est au moins curieuse.

—Très-curieuse, en effet, répéta-t-elle sans détacher les yeux de dessus le chevalier.

—C'est inimaginable, se dit celui-ci; elle n'éclate pas comme je devais m'y attendre; qu'est-ce que cela cache donc?

—Certes, reprit M. d'Obligny,—en lâchant cette fois les guides à sa verve maritale,—je n'ignorais pas que, depuis bientôt trois semaines, un homme s'introduisait tous les soirs par la porte dérobée de l'hôtel,—que cet homme, qui avait gagné l'un après l'autre tous mes gens, était reçu par vous dans ce même appartement où, en cas d'éveil, il pouvait trouver un refuge dans ce cabinet de toilette;—que cet homme enfin avait été plusieurs fois aperçu sortant d'ici à la pointe du jour… Mais, par la maugrebleu! madame, j'avoue que j'étais loin de songer à M. le chevalier de Pimprenelle,—et que j'eusse plutôt incliné pour mon jeune cousin, le vicomte de Trublay!

La jeune femme était devenue, à ces mots, d'une pâleur de marbre, et un tremblement nerveux agita son corps.

—Permettez! permettez! s'écria le chevalier, qui avait écouté attentivement, et dont les oreilles tintaient au cliquetis de ces dernières paroles;—qu'est-ce que vous dites donc là, s'il vous plaît? Vous confondez…

Un regard de madame d'Obligny, prompt comme l'éclair, vint clouer sur sa bouche la suite de son apostrophe.

—Que voulez-vous dire? demanda le Mondor.

—Recommencez-moi mon histoire, mon cher. Voyons. D'abord, dites-vous, je m'introduis tous les soirs dans votre hôtel par une porte dérobée.

—Oui. Germain m'a tout avoué.