Chère petite masque,—je le répète souvent avec regret: on s'ennuie à mourir dans les salons modernes. Il n'y a pas jusqu'aux jeux innocents qui ne soient mélancoliques, guindés, surveillés, enfin du dernier bourgeois, comme nous disions jadis. On en est resté au suranné Portier du couvent et à l'éternel Baiser sous le chandelier. Çà, qu'on me ramène chez le duc de Penthièvre!
Il faut, ma friponne Antoinette, que tu réformes tout cela. Et justement je viens de retrouver, au fond de mon secrétaire en bois de Sainte-Lucie, un imperceptible portefeuille de maroquin ayant appartenu à ta grand'mère. Spirituelle et gracieuse mémoire, ombre couronnée de fleurs! Ce petit livre était celui où elle inscrivait les gages déposés entre ses mains par les joueurs de ses mardis et de ses vendredis.
A la première page, je lis:
M. de Champcenetz, une tabatière;
Madame de Breteuil, une agrafe en diamants;
M. Dorat-Cubières, un pois chiche;
M. l'abbé Souchot, un médaillon, un dé à coudre, un nœud de rubans et une jarretière;
Mademoiselle de Chamorin, un éventail;
M. Mardelles, ses deux montres.
Ce petit livre m'a rajeuni de quarante ans, de cinquante ans; j'y ai revu, comme dans un miroir enchanté, tous les visages aimés de cette époque lointaine, qui comptait tant d'aimables visages; j'ai cru en entendre sortir, comme d'un coquillage où s'agitent les bruits de la mer, des paroles et des chants tels que je n'en entends plus—depuis que j'ai cessé de jouer à tous les jeux.