Thérèse.—Ah! je t'entends; c'est un vieux.

La Gouvernante.—Non; c'est un homme revenu de la première jeunesse, et voilà tout.

Thérèse.—Où penses-tu qu'il cherche à me voir? Je ne voudrais pas que ce fût à l'église; il ne me distinguerait jamais dans ce chœur, parmi trente pensionnaires que nous sommes. N'y aurait-il pas moyen d'inspirer à ma chère maman de me faire venir dîner chez elle? M. le comte pourrait m'y voir à son aise, sans faire semblant de rien. Je t'assure bien que, pour moi, j'aurai l'air d'être sur tout cela d'une ignorance profonde, et qu'il ne se douterait seulement pas que j'eusse jamais entendu parler de lui.

La Gouvernante.—C'est-à-dire qu'il vous verrait gambader, sauter au cou de votre maman, avec votre gaieté et votre vivacité ordinaires.

Thérèse.—Assurément.

La Gouvernante.—Eh! voilà précisément ce qu'il ne faut pas.

Thérèse.—Quoi! est-ce que tu veux que je me contraigne?

La Gouvernante.—Oui, oui, et beaucoup. Vous ne connaissez pas les hommes: ce sont de drôles d'animaux. Nous ne les servons jamais si bien qu'en les trompant, parce qu'ils voient ordinairement la plupart des choses tout de travers; et presque tout dépend de leur première impression. Un extérieur animé, une démarche légère, des yeux qui se laissent aller, ne leur plaisent pas à propos de mariage; cela semble leur annoncer pour l'avenir une femme vive, inconstante, volage. Mais un maintien composé, un air timide et des regards abattus, mettent d'abord un prétendu à son aise, en ce qu'il lui semble qu'une fille qui se présente ainsi reconnaît déjà sa dépendance et lui réserve l'honneur de triompher de sa modestie.

Thérèse.—C'est donc à dire, ma bonne, qu'il faut que je m'étudie sur tout cela, jusqu'à ce que le mariage soit fait?

La Gouvernante.—Oui, vraiment, mademoiselle.