Thérèse.—Une maîtresse! Ah! que dis-tu?
La Gouvernante.—Oui, qu'on dit même être fort jolie.
Thérèse.—Ah! ma bonne, il ne m'aimera sûrement point, et je serai malheureuse!… Et quelle est donc cette maîtresse, qu'on dit si jolie?
La Gouvernante.—Une demoiselle de l'Opéra, et c'est là le fâcheux.
Thérèse.—Comment? Explique-toi donc.
La Gouvernante.—C'est qu'il fait pour elle de fort grosses dépenses; et vous ne savez pas encore que des demoiselles de l'Opéra sont des ruine-maisons.
Thérèse.—Ma bonne, que m'apprends-tu? J'en suis confondue. Quoi! monsieur le comte, qui, depuis huit jours, vient au couvent m'assurer de sa tendresse et me marquer ses empressements, monsieur le comte est un homme à maîtresse?… Ah! que vais-je devenir?
La Gouvernante.—Quelquefois ce n'est pas un si grand malheur: c'est suivant le caractère des gens. Il y en a qui ont des maîtresses et qui ont le bon esprit d'en dédommager leurs femmes par de grands égards et de bonnes façons; mais il y en a aussi que ces sortes d'amours ne rendent que plus insupportables dans leur domestique. A tout prendre, il en revient toujours une petite consolation, parce qu'en général les femmes ont beaucoup plus de liberté avec ces hommes-là qu'avec ceux qui prétendent faire ce qu'on appelle un bon ménage.
HUITIÈME DIALOGUE.—Madame de Se…, la Comtesse.
Le mariage a eu lieu. Thérèse est devenue la comtesse, et c'est sous ce nom qu'elle sera désignée dorénavant. Elle fait à sa mère ses confidences de nouvelle mariée. La mère rit beaucoup.