NEUVIÈME DIALOGUE.—Monsieur le Comte de ***, Chonchette.

Nous sommes introduits chez cette demoiselle de l'Opéra, dont il vient d'être parlé. Il y a un mois que le comte ne l'a vue; la scène est très-bien faite. Ce sont d'abord des reproches, des menaces, et puis de l'attendrissement.

Chonchette.—Nous passions d'heureux moments, avouez!

Le Comte.—Il est vrai.

Chonchette.—Vous voilà, à cette heure, avec une femme; en êtes-vous mieux?

Le Comte.—Ma foi, non!

Le comte lui promet de lui continuer sa pension, et pour faire la paix il lui passe un diamant au doigt. En outre, il lui donne cinquante louis pour achever de payer un meuble en vraie perse. Ce n'est pas tout.

Chonchette.—Attendez donc! vous êtes si pressé de me quitter! Tenez, remplissez au moins ma tabatière avant de partir; je n'aime de tabac que le vôtre… Ah! petit père, la belle boîte que vous avez là! elle est, Dieu me pardonne, de pierre précieuse. Que je la voie donc! Qu'elle est bien montée! C'est admirable!

Le Comte.—C'est une pierre d'émeraude; ma mère m'en a fait présent l'autre jour.

Chonchette.—Je n'aimerais point ces sortes de tabatières-là pour mon usage; on croit toujours que ça va se casser. Cependant… Il me vient une idée: ce serait que vous voulussiez bien me la prêter seulement pour ce soir, afin de m'en donner des airs à souper. Au moins, ne comptez pas que je veuille vous la garder plus de vingt-quatre heures, car je n'en ai que faire, moi.