Madame de Rastard.—Sur quoi? sur trois ou quatre lettres qu'il m'avait écrites, en présence peut-être de quelque ami, mais auxquelles pourtant je n'avais fait nulle réponse; sur l'air libre et dégagé avec lequel il était venu chez moi; sur un ton de plaisanterie et de familiarité que je lui passais sans y prendre garde; que sais-je? sur quelques soupers où on l'avait vu se faire de la maison et servir tout le monde, comme si je l'eusse chargé de faire les honneurs de ma table.

Voici un autre trait, fort plaisant, et qu'on chercherait vainement ailleurs que dans l'ouvrage de la Popelinière.

La Comtesse.—Cela me rappelle que j'ai remarqué dernièrement un de ces petits messieurs-là, au balcon de l'Opéra, qui ne cessa point de me regarder et de me fixer pendant tout le temps du spectacle, et que j'en fus même embarrassée.

Madame de Rastard.—Eh bien, pendant qu'il vous faisait cet honneur-là, il en faisait peut-être lorgner une autre par son valet de chambre, avec une lettre passionnée à cette autre femme, pour lui persuader que c'est par un excès de discrétion et de réserve qu'il n'a pas osé se faire remarquer en la lorgnant lui-même; de façon qu'elle lui sera fort redevable d'avoir été lorgnée par son valet.

Plus loin, l'experte madame de Rastard demande à la comtesse si elle a un habit d'homme.

La Comtesse.—Un habit de cheval? Non, je n'en ai point.

Madame de Rastard.—Tant pis; il faut vous en faire faire incessamment: habit, veste et culotte. Je vous enverrai mon tailleur.

La Comtesse.—Mais je n'aime guère à monter à cheval.

Madame de Rastard.—Ni moi non plus, mais qu'est-ce que cela fait? On s'habille toujours, on fait un tour d'allée; c'en est assez pour descendre et pour demeurer le reste du jour dans ce déguisement, dont les hommes sont fous.

La Comtesse.—Mettez-vous cet habit-là souvent?