L'extrême rareté de cet ouvrage suffirait à faire douter de son existence, s'il ne se trouvait pas en ma possession. Ce n'est point un trésor d'ailleurs; sans être complétement insignifiant, il a le tort plus grave d'être ennuyeux. Une bourgeoise de trente-cinq ans, une actrice et une femme du monde se chargent à tour de rôle de l'éducation du marquis de ***, qui n'en devient pas plus maître pour cela. Un certain mérite de pittoresque dans le portrait ne rachète point le manque absolu d'intérêt qui domine dans ces deux parties, lesquelles n'ont aucun dénoûment et laisseraient croire à une troisième, si le mot fin n'était là pour détruire toute illusion à cet égard.
VII
LE GRELOT, OU LES ETC., ETC., ETC.
Dédié à moi. Deux parties. Ici, à présent.
Ce grelot est un grelot véritable, attaché à la personne d'un jeune prince de la façon la plus incommode et la plus nuisible à ses bonnes fortunes. Sur ce thème scabreux sont brodés, d'une main délurée et agile, des épisodes à la gaieté desquels il est difficile de résister longtemps, bien qu'ils soient monotones et presque toujours prévus. Le Grelot est calqué, quant au style, sur Angola; le caractère italique, surabondamment employé, sert à indiquer les tours de phrases à la mode et les façons précieuses du langage des petits-maîtres.
Auteur: Barret, homme grave à ses heures, et traducteur de Cicéron.
Le Grelot a été publié pour la première fois en 1754; il a ensuite trouvé place dans la Bibliothèque amusante (Londres), format Cazin.
VIII
CONFESSION GÉNÉRALE DU CHEVALIER DE WILFORT
A Leipsik, 1758; 1 vol.
A la manière de tous les romans intitulés Confessions ou Mémoires, l'ouvrage débute ainsi: «Tu veux donc absolument, charmante amie, que je te fasse un récit sincère de toutes mes aventures, avant que l'hymen nous unisse? J'y consens; mais de toutes mes folies la plus grande est sans contredit celle de te les raconter.» Cette déclaration faite, Wilfort nous apprend qu'il doit le jour aux intrigues d'un major de place et d'une bouquetière flamande; mis de bonne heure au collége, il ne le quitta que pour entrer dans un régiment de cavalerie où il avait obtenu une lieutenance. «Le service n'occupe pas toujours un officier: on se dissipe au jeu, au spectacle, chez les coquettes, chez les demi-libertines, chez celles qui le sont tout à fait; on cherche à tuer le temps. J'avais du goût pour la lecture, mais on ne lit pas toujours. Je fis comme faisaient les autres.»
Faire comme faisaient les autres, c'est pour Wilfort escalader un couvent de nonnes, porter le trouble dans les familles des bourgeois, s'attarder dans les festins, casser les lanternes des rues. Une affaire d'honneur avec un mari mal commode le force, au milieu de ces désordres, à prendre en poste le chemin d'Espagne; grâce aux bons offices du secrétaire de l'ambassadeur de France, il est reçu chez le duc de Silvia, en qualité de gouverneur du marquis son fils, âgé de douze ans. Wilfort, comme tous les héros des romans légers, a la beauté d'Apollon unie aux grâces d'Antinoüs; il ne tarde pas à faire une vive impression sur la duchesse, et particulièrement sur sa fille Floride, à qui il s'est chargé de donner des leçons de français. Ici se reproduit cette éternelle scène que les romans et la vie réelle n'ont pas encore épuisée: