Voilà le lecteur prévenu. Mais qui pourrait s'arrêter après cet aimable exorde! Le feuillet est vite tourné, et l'on entre dans le premier poëme: Diane. Puisqu'il s'agit d'amour, Endymion ne saurait être loin; aussi l'aperçoit-on, en effet. L'innocent berger des montagnes de la Carie repose, endormi, comme la peinture nous l'a toujours uniformément représenté, dans une grotte inconnue au soleil. Trois nymphes, Olphée, Aglaure et Doris, fuyant les ardeurs du jour, s'arrêtent à le contempler. Peu à peu, s'enhardissant, l'une d'elles imprime un baiser sur ses cheveux noirs; l'autre prend plaisir à l'enchaîner avec des fleurs; la troisième lui lance en riant des noisettes.
Cependant le berger, agité par leurs cris,
Dans les bruyants éclats dont leur gaîté s'amuse,
Reçoit d'un lent réveil la lumière confuse.
Il se réveille enfin tout à fait; il les voit, mais sans trouble, et rappelant à lui son chien et son troupeau: «Ménades, laissez-moi, dit-il; cessez vos piéges, et retournez vers l'impur satyre!» Les nymphes en fureur crient vengeance, et le dieu des jardins, qui les entend, promet de les exaucer. Le dieu des jardins est puissant; mais Diane multiplie ses métamorphoses pour veiller sur Endymion. Non contente de descendre vers lui, le soir, sur une nue pâle, elle emprunte pendant le jour la forme de la chèvre Amalthée:
L'œil inquiet, la corne en arcs se recourbant,
La barbe en double tresse à ses genoux tombant.
Cette dernière métamorphose lui est fatale; le dieu des jardins (nous continuons à ne pas l'appeler par son nom) la reconnaît, et, à son tour, il apparaît en bélier. A cet endroit du poëme, l'action atteint son plus haut degré d'intérêt, mais il serait difficile à notre plume d'en suivre les épisodes: ils deviennent trop hardis. C'est dommage. Diane est vaincue, voilà le dénoûment, et elle remonte dans le ciel cacher une rougeur dont Endymion ignorera toujours le secret.
Nous aurons notre analyse plus complète et plus aisée avec Bacchus, qui représente, selon nous, le morceau éclatant de l'ouvrage.
Bacchus veut dans Athène enseigner ses mystères;