De perles rayonnante, humide encor de pleurs,

Tu t'avances; tes pas font éclore les fleurs.

Enflammez mes esprits d'un aimable délire,

Muses, et pardonnez aux crimes de ma lyre.

Ce pardon s'est fait attendre longtemps. Des contemporains se sont dressés sur les ergots de la morale. Le petit libraire Colnet, dans son mauvais et pédantesque volume, les Étrennes de l'Institut national, ou la Revue littéraire de l'an VII, a déploré vivement «cet écart d'un jeune homme qui a donné aux amateurs de la scène française les plus belles espérances.» A côté de cela, Colnet choisit et cite les morceaux les plus scabreux.—L'auteur anonyme du Tribunal d'Apollon (an VIII), mal informé, croyons-nous, a attribué la publication des Quatre Métamorphoses à la nécessité de vivre. «On ne vit pas de gloire, dit-il, on ne paye pas son loyer avec un récit de Théramène. Les repas se succèdent si rapidement, tandis qu'on élabore lentement une œuvre dramatique!» Le pamphlétaire se trompe: ce petit poëme a coûté plus de temps et de soins à Lemercier qu'une longue tragédie.

Un des bons recueils d'alors, aujourd'hui très-consulté, la Décade philosophique, littéraire et politique, trouva des paroles plus sensées dans son numéro du 20 germinal an VII: «C'est un tour de force qui, mettant à part toute considération morale, peut intéresser les littérateurs et tend à repoétiser notre langue, devenue trop timide.» Le fait est qu'on rencontre dans les Quatre Métamorphoses des tours de phrases qui, jugés comme extrêmement audacieux sous le Directoire, parce qu'ils étaient extraits trop brutalement du filon des mines grecque et latine, défrayent aujourd'hui le vocabulaire usuel de la réaction païenne.

Nous sommes un peu surpris que l'auteur des Feuilles d'automne, qui occupe à l'Académie le fauteuil de Lemercier, n'ait pas appuyé davantage, dans son discours de réception, sur ce côté très-intéressant des mérites de son prédécesseur.

DESFORGES

I

Un des plus beaux magasins de Paris était, il y a cent ans environ, le magasin de porcelaines situé rue du Roule, et ayant pour enseigne: Au Balcon des deux Lions blancs. Cette maison, dont le chef jouissait d'une réputation de loyauté et de bonhomie incontestable, devait donner le jour à l'un des plus aimables libertins du XVIIIe siècle, Pierre-Jean-Baptiste Choudard-Desforges, qui fut un poëte et un romancier toutes les fois que l'amour lui en laissa le loisir. Son histoire peut se raconter derrière l'éventail, et ceux de nos contemporains qui voudront bien y prêter l'oreille souriront peut-être à ce récit considérablement abrégé des folies d'un autre âge et d'une autre littérature.