La seule chose dont je sache réellement gré à Desforges, c'est de s'être abstenu de nous raconter ses bonnes fortunes en diligence. Après cela, peut-être n'y a-t-il pas pensé. C'est le seul trait absent de sa littérature, laquelle résume cependant tous les procédés et toutes les rengaines de son temps. Un livre badin n'existait pas alors sans une aventure en diligence; dans la seule légèreté écrite qu'il se soit permise: le Dernier Chapitre de mon roman, Charles Nodier lui-même n'a pas manqué de tomber dans ce défaut caractéristique.
Les Mille et un Souvenirs furent suivis de trois autres romans sans aucune valeur; après quoi Desforges cessa complétement d'écrire, ou du moins de faire imprimer. On était en 1800[7].
[7] Il convient cependant de remarquer qu'avant d'écrire des romans licencieux, Desforges avait essayé de mieux employer son talent. Nous avons en notre possession une lettre adressée par lui au citoyen Grégoire, représentant du peuple, membre du Conseil des Anciens, rue du Colombier, F. G., no 16; c'est une demande d'emploi:
«17 Brum. an IV républicain.
»Enfin, mon cher et digne concitoyen, voici le moment où mes espérances peuvent se voir réalisées. On s'occupe sans doute avec chaleur de l'organisation de l'Instruction publique, et il me serait bien doux de pouvoir enfin payer à ma Patrie mon tribut d'utilité dans un genre analogue à mes facultés. Une place de professeur de Poésie est celle qui me conviendrait; et comme il y en a un certain nombre de désignées spécialement pour cet objet, tous mes vœux seraient remplis si je pouvais en obtenir une.
»Veuillez m'indiquer, mon sage ami, la route à tenir dans cette affaire, et ne me refusez pas un suffrage qui ne pourra, d'une part, que m'être très-favorable pour le succès de mes vues, et, de l'autre, m'élever à la hauteur de mon entreprise par le vif désir qu'il m'inspirera de le mériter.
»Un mot de réponse à votre reconnaissant et bien affectionné concitoyen.
Desforges.
»F. G. rue de Lille, ci-dev. Bourbon, no 485.»
Écriture belle et ferme.