VI
Le grand critique s’est enveloppé dans sa grande robe de chambre, et il s’est préparé à écrire son grand article pour son grand journal.
Un de ses amis (l’avant-dernier) entre, et se penche sur son papier.
—Quelle est la victime d’aujourd’hui? demande-t-il.
—Une victime de troisième choix, dit le grand critique, en essayant de sourire sans se compromettre; un jeune!
—De la chair fraîche?
—Oh! presque crue... un réaliste! Il est temps de réagir contre une école superficielle et simplement grossière. M. Constantin Goëmon a osé m’envoyer son nouveau roman: le Couteau ébréché, scènes de la vie d’abattoir.
L’ami se gratte le nez.
—Je venais justement vous recommander M. Goëmon, dit-il.
—J’en suis fâché, répond le grand critique; mais il sera égorgé avec son propre couteau, et il n’aura que ce qu’il mérite.