§ VII
Autre variété de châtiment
Encore n’est-ce rien que cela; c’est un exemple du genre gracieux, après tout. Mais il faut entendre un de mes amis, ancien clerc de notaire en province, raconter de sa voix calme l’histoire d’une déchéance bien autrement effrayante. Le clerc de notaire se met en route un matin pour aller communiquer des papiers de famille à M. H..., riche, très-riche propriétaire,—et vieux garçon. Il arrive devant une maison de belle apparence. Il franchit le perron. Des valets badinent entre eux, et lui répondent à peine. Il traverse des antichambres, il parcourt des salles de billard, des galeries, il ne rencontre personne. Un bruit de musique le guide cependant; il avance, il pousse une porte..., mais il la referme aussitôt, comme s’il venait d’être frappé d’un éblouissement. Le clerc de notaire a vu un spectacle indescriptible: plusieurs personnes exécutant une danse sans nom,—où M. H... se distinguait par ses bondissements.
Quinze minutes après cette vision, M. H..., froid, compassé, tout de noir vêtu, faisait mander le clerc de notaire dans son cabinet, et causait gravement avec lui d’intérêts et de procédure.
Au bout de dix ans environ, le clerc achetait l’étude de son patron et devenait notaire à son tour. En feuilletant des dossiers, il retrouvait le nom de M. H..., et, comme il avait justement besoin de sa signature, il se décida à aller lui faire une seconde visite.—La maison de campagne n’offrait plus l’animation d’autrefois; les domestiques insolents et joyeux étaient partis; il n’en restait plus qu’un, lequel hocha la tête quand le notaire demanda à parler à M. H... «Vous feriez mieux de vous en retourner tout de suite, monsieur,» lui dit-il. Il fallut que le notaire insistât. Le vieux domestique l’introduisit alors dans cette même chambre où il avait vu M. H..., dix ans auparavant, et où il l’aperçut triste, amaigri, blanchi, étendu sur un fauteuil. «Voilà, monsieur, votre notaire qui veut vous faire signer quelque chose,» dit le vieux serviteur. M. H... ne bougea pas; son regard errait dans le vague. «Monsieur, monsieur, c’est votre notaire.» Pas de réponse. «Oh! je vais bien le faire entendre!» Le domestique se dirigea vers une armoire, et l’ouvrant, il en tira une petite poupée, à laquelle il fit semblant de donner le fouet. M. H... avait suivi tous ses mouvements avec une incroyable anxiété; ses yeux lancent la flamme, ses lèvres remuent. «Eh! eh! eh!» fait-il en riant du rire du crétin.
Le notaire s’était enfui, épouvanté.
POURQUOI
L’ON AIME LA CAMPAGNE
I
UN SPÉCULATEUR, marchant dans la rosée, un cigare à la bouche.