Enfin, on arriva. Il était temps. Le journaliste avait pris des tons verts. Sur le seuil de sa porte, il tenta de figurer un sourire et, avec mille précautions, il parvint à assembler les syllabes suivantes, qu’il proféra sans accident:
—Merci... merci. Je suis M. X***, rédacteur du journal le***. Venez me voir. Je vous donnerai des billets de spectacle... Bonsoir.
On suppose qu’avec l’aide de son concierge, M. X... réussit à gravir son escalier, dont la spirale lui parut avoir ce soir-là les proportions démesurées de la flèche de Strasbourg.
Au bout d’une semaine, l’officieux passant, venant à lire une affiche de théâtre, se souvint de l’invitation de M. X..., et alla le trouver au bureau du journal. M. X... ne le remit pas du tout,—mais pas du tout.
LE PASSANT. C’est moi, monsieur, qui, dans la nuit du premier mai, ai eu le plaisir de vous ramener chez vous.
M. X..., passant par toutes les nuances du prisme, et s’inclinant. Ah!... monsieur...
LE PASSANT. Je conçois que vous ne me reconnaissiez point; vous étiez alors...
M. X... Oui, j’étais... je sortais de chez des amis de collége... Je vous suis d’ailleurs fort reconnaissant. Qui me vaut l’honneur de votre visite?
LE PASSANT. Vous avez eu la bonté de me promettre des billets de spectacle.
M. X... Mais comment donc! Tout ce que vous voudrez. Je suis aise de pouvoir être agréable à un aussi galant homme que vous. Voulez-vous des places d’Opéra-Comique, de Théâtre-Français, de Variétés? Je suis lié avec tous les directeurs, et un simple mot de moi suffira.