LA DENT.—A quoi cela tient-il? (Un silence.)

L’ŒIL.—C’est que je rougis.

LA DENT.—C’est que je jaunis.

LE CHEVEU.—C’est que je blanchis.

II

L’ŒIL.—Flamme! astre! aurore! diamant! j’étais tout cela autrefois. Je resplendissais, je caressais, je foudroyais. Un ange venait clore mes paupières chaque soir, un ange venait les ouvrir chaque matin.

LA DENT.—Perle! ivoire! disaient de moi les poëtes classiques, de moi, la trente-deuxième d’une brigade éblouissante.—Des dents de jeune loup! disaient les poëtes romantiques!—Et comme je savais mordre à toutes les pommes de tous les paradis terrestres.

LE CHEVEU.—Un diadème, lorsque Hélène était coiffée! Une inondation dès qu’elle enlevait son peigne! Un manteau de roi! tout le Titien!

L’ŒIL.—A présent, une ligne bleuâtre s’accuse au-dessous de mes paupières.

LA DENT.—A présent, les pommes me sont défendues comme des crudités; les cigarettes me sont interdites parce qu’elles altèrent l’émail et qu’elles dessèchent la lèvre.