Quels qu'ils soient, aux objets conformez votre ton.
Ainsi que par les mots exprimez par le son.
Peignez en vers légers l'amant léger de Flore.
Qu'un doux ruisseau murmure en vers plus doux encore.
Entend-on d'un torrent les ondes bouillonner?
Le vers tumultueux en roulant doit tonner,
Que d'un pas lent et sourd le bœuf fende la plaine,
Chaque syllabe pèse, et chaque mot se traîne.
Mais si le daim léger bondit, vole et fend l'air,
Le vers vole et le suit aussi prompt que l'éclair,
Ainsi de votre chant la marche cadencée
Imite l'action et note la pensée.

On voit qu'indépendamment des Onomatopées nombreuses qu'a employées le poëte, il a trouvé un autre moyen d'harmonie dans le concours heureux de certains mots choisis, qui sans être imitatifs par eux-mêmes, produisent cependant une imitation parfaite.

Que d'un pas lent et lourd le bœuf fende la plaine.

Ce vers, par exemple, est composé de monosyllabes durs et heurtés qui représentent très-bien la marche du bœuf, et qui la notent exactement à l'oreille.

Tout le monde se rappelle cet admirable passage de Boileau, dans le poëme du Lutrin:

Ses ais demi pourris que l'âge a relâchés
Sont à coup de maillet unis et rapprochés.
Sous les coups redoublés tous les bancs retentissent;
Les murs en sont émus, les voûtes en mugissent,
Et l'orgue même en pousse un long gémissement.
Que fais-tu, chantre, hélas! dans ce triste moment?
Tu dors d'un profond somme.

Cet hémistiche ne le cède en rien au procumbit humi bos de Virgile.

Ces exemples ne sont pas rares chez les Latins, et sur-tout dans ce dernier poëte. Il n'est personne qui n'ait entendu citer ces vers d'une si riche harmonie:

Tum ferri rigor atque argutæ lamina serræ.

Quadrupedante putrem sonitu quatit ungula campum.