Baptiste Mantouan a cherché à exprimer la même chose dans ce passage de ses poésies, et y a sans doute mieux réussi que ses rivaux, sans recourir au même procédé:
Prole novâ exultans, galcâque insignis alauda
Cantat; et ascendit ductoque per aera gyro
Se levat in nubes: et carmine sydera mulcet.
Ronsard a fait usage aussi du mot tire lire dans une piece de ses Gaîtés, intitulée l'Alouette, et c'est peut-être la seule tache qu'il y ait dans ce morceau charmant:
Hé Ciel que je porte d'envie
Aux plaisirs de ta douce vie.
Alouette qui de l'amour
Dégoises dès le point du jour,
Secouant en l'air la rosée
Dont ta plume est toute arrousée!
Devant que Phébus soit levé
Tu enlèves ton corps lavé
Pour l'essuyer près de la nue.
Trémoussant d'une aile menue,
Et te sourdant à petits bonds,
Tu dis en l'air de si doux sons
Composés de ta tirelire,
Qu'il n'est amant qui ne desire,
T'oyant chanter au renouveau
Comme toi devenir oiseau.
Quand ton chant t'a bien amusée,
De l'air tu tombes en fusée
Qu'une jeune pucelle au soir
De sa quenouille laisse cheoir,
Quand au fouyer elle sommeille
Frappant son sein de son oreille:
Ou bien quand en filant le jour
Void celuy qui luy fait l'amour
Venir près d'elle à l'impourveüe,
De honte elle abaisse la veue,
Et son tors fuseau délié
Loin de sa main roule à son pié.
Cet épisode de la fileuse est d'un goût absolument antique, et un des plus gracieux que l'on puisse imaginer. Si Ronsard n'avait jamais fait que de pareils vers, la postérité lui aurait peut-être confirmé jusqu'à un certain point ces titres pompeux de Prince des Poètes, et d'Apollon de la source des Muses, qu'on lui a donnés de son temps.
V
* [VAGIR, VAGISSEMENT]. Ces mots expriment le cri des enfans qui viennent de naître, et notre Langue a récemment admis le substantif vagissement sur les réclamations de Voltaire. «C'est une disette insupportable, écrivait-il, d'appeler des choses si différentes du même nom. Le mot vagissement, dérivé du latin vagitus, aurait très-bien exprimé le cri des enfans au berceau.
»Dumarsais, observe un autre Littérateur, a fait tout ce qu'il a pu pour faire prendre ce mot, et n'a point réussi. C'est le cas de le reproduire, et de faire voir qu'il est aussi naturel et aussi utile que mugissement. Le cri d'un enfant au berceau est, à coup sûr, une bien longue périphrase».
Le verbe vagir, qui est fait du substantif, comme de mugissement et rugissement sont faits mugir et rugir, et dont la construction est, par conséquent, très-conforme à l'esprit de notre Langue, n'est sans doute pas à dédaigner. Un étranger qui a donné quelques volumes à la Littérature française, a dit quelque part: «Si Dieu m'offrait le privilége de la rétrogradation jusqu'à mon enfance, et de vagir une seconde fois dans le berceau, je refuserais ses offres».
Vagues, est le nom qu'on donne aux eaux agitées et mugissantes, parce que le bruit qui s'en élève ressemble à un long vagissement. En allemand wage, woge; en gothique wego; en anglo-saxon waeg; en islandais vag.