« Profanation ou sacrilège! — dit Sbogar. — Tu es ma maîtresse et ma femme, et que le monde périsse maintenant! »

En prononçant ces mots, il la déposa sur le degré élevé qui montait à la fenêtre, et s’élança dans la mer.

Les soldats étaient arrivés avec leurs torches. Ils s’étonnèrent de ne pas voir le voleur, et demandèrent à Antonia si elle l’avait aperçu.

« Paix, — leur dit-elle, en appliquant son doigt sur sa bouche, — il est allé le premier au lit nuptial; — et voilà, — continua-t-elle en montrant le crêpe qu’il avait laissé à ses pieds, — voilà son présent de noces. »

XVI

Celui que l’ange me fit voir alors était monté sur un cheval pâle, et traînait tous les vivants à sa suite. Il s’appelait LA MORT.

APOCALYPSE.

« Les troupes françaises venaient d’entrer dans les provinces vénitiennes. Le premier soin des généraux fut de purger ce pays des brigands qui l’infestaient, et qui pouvaient devenir pour une armée opposée le plus redoutable auxiliaire. C’est ce motif qui avait déterminé l’attaque du château de Duino. Presque tous les bandits périrent les armes à la main. On ne put avoir vivants qu’un petit nombre d’entre eux, que des blessures graves venaient de mettre hors de combat ou qui s’étaient précipités dans la mer, et qui devaient avoir été recueillis par ces nacelles qu’Antonia avait observées. On présumait que Jean Sbogar se trouverait parmi eux; mais comme ses traits n’étaient pas connus des brigands eux-mêmes, rien ne pouvait fixer sur ce point les doutes de leurs vainqueurs. Fitzer, Ziska et la plupart des principaux affidés du capitaine, étaient morts à ses côtés avant qu’il rentrât dans le château.