Mon cousin se leva sincèrement ému:

—Monsieur, dit-il, vous avez eu l'honneur de me faire marcher, avec toute cette histoire de mots que j'ai pris pour des années. Vous avez été plus fort que moi. N'ayez pas peur: je rends aux maîtres l'hommage que je leur dois. Écoutez, monsieur, vous pouvez m'en croire: c'est la première fois de ma vie que je marche. Mais aussi, monsieur, pouvais-je penser qu'il se passait des choses comme ça dans le parti. Pouvais-je imaginer tant de monnaie. J'en suis encore tout abruti.

—Asseyez-vous un peu, répondit Pierre Baudouin, ça va se passer. Vous en verrez bien d'autres à Paris, si vous restez quelque temps parmi nous. N'oubliez pas qu'aujourd'hui vous nous devez un compte rendu.

—Comment, je vous dois un compte rendu! Vous abusez de votre victoire. C'est moi qui suis venu demander à mon petit cousin le compte rendu qu'il me doit depuis quatorze mois passés.

—Pourquoi vous doit-il un compte rendu?

—Parce qu'il fut vraiment mon délégué au premier congrès national des Organisations socialistes françaises, tenu à Paris en décembre 1899.

—Nous devons donc savoir comment vous l'avez délégué.

—C'est bien simple:

Quand nous eûmes lu dans les journaux que les socialistes français allaient tenir leurs États-Généraux pour commencer la révolution sociale,—immédiatement on s'est dit qu'il fallait que le Groupe d'études sociales d'Orléans fût représenté dans ces États-Généraux.