—Qui nommez-vous les autoritaires?

—Parmi tous ceux qui se croient révolutionnaires, je nomme autoritaires, ou autoritariens, et je juge en un sens réactionnaires: ceux qui veulent commander par la force à leurs camarades, au lieu d'essayer de les convaincre par la raison. Je nommerais autoritaristes ceux qui font et professent la théorie de l'autoritarisme. Mais ces derniers mots me déplaisent.

—Qui nommez-vous les unitaires?

—Parmi tous ceux qui se croient socialistes, je nomme unitaires, ou unitariens, et je juge en un sens ecclésiastiques: ceux qui veulent réunir, par la force même, ceux qui ont raison à ceux qui ont tort, au lieu d'agir simplement et petitement avec ceux qui ont raison. Je nommerais unitaristes ceux qui font et professent la théorie de l'unitarisme. Mais ces derniers mots me déplaisent.

—Je crois savoir qui vous nommez les boulangistes.

—Vous ne le saurez jamais assez: le boulangisme a d'abord été une maladie épidémique à rechutes à peu près régulières; mais il tend à devenir une maladie endémique redoutable.

—Qui nommez-vous au juste les concurrents?

—Je pourrais distinguer les concurrents et les concurrentistes; mais ce dernier mot me déplaît. Les concurrents sont ceux qui, nommés socialistes, se livrent cependant aux pires excès de la concurrence individuelle et collective. Les concurrentistes seraient ces bonnes gens comme nous en voyons, qui, animés eux-mêmes des sentiments les plus doux, ont gardé cependant pour la vieille concurrence un respect religieux et la veulent restituer, disposée, adaptée, honorée, au cœur de la cité socialiste. Ces derniers sont de braves gens qui n'ont jamais pu oublier les distributions de prix bourgeoises où ils furent couronnés.

—Je ne connais que trop ce que vous nommez la culture de l'électeur.

—Vous ne la connaissez pas encore assez. Vous ne pensez ici qu'à l'électeur né ou devenu ou censé devenu français, que l'on cultive pour devenir conseiller municipal, ou conseiller d'arrondissement, ou conseiller général, ou député, selon le suffrage universel. Et vous pensez encore à l'électeur devenu ou censé devenu sénatorial, que l'on cultive pour devenir sénateur, selon le suffrage restreint. Vous pensez aux élections académiques, à la cooptation. Mais vous ne pensez pas que nous avons à présent nos élections, à nous, et nos électeurs, à nous, nés ou devenus ou censés devenus socialistes. Nous cultivons à l'intérieur. Nous cultivons pour devenir délégués, selon le suffrage universel, que nous avons adopté. Nous cultivons pour devenir du Comité général, selon les lois du suffrage restreint, que nous avons introduites.