26 avril.—Réveil à quatre heures et demie du matin. Nuit pluvieuse. Belle journée. Traversée de la rivière pendant l'avant-midi. Camp à trois milles.

27 avril.—Aussitôt le bagage arrivé, la route se reprend vers les neuf heures et se continue jusqu'à la rivière de l'Aveugle. Belle nuit.

28 avril.—Départ à six heures. Vingt-neuf milles à travers un pays magnifique. Camp levé à la Rivière Bataille. Rencontre du Père Lacombe.

29 avril.—Lever à quatre heures et demie a.m. Départ à six heures. Trente-deux milles de marche. Camp fixé à un mille de la Ferme du Gouvernement.

30 avril.—Lever et départ comme la veille. Temps froid. Chemins impraticables.

1er mai.—C'est aujourd'hui la douzième journée de la marche. Arrivée à Edmonton vers midi.

La marche pendant ces deux cent treize milles a été pour la plupart du temps assez pénible. Jusqu'à la rivière du Chevreuil Rouge, la route s'étendait à travers la plaine et les chemins étaient assez beaux. Mais de la rivière du Chevreuil Rouge la route devint plus difficile. En quelques endroits il fallait traverser des marais, où les soldats enfonçaient jusqu'aux genoux dans l'eau et dans la boue. Quelquefois l'odeur qui se dégageait de ces marais était vraiment insupportable. Les voitures étaient moins que suffisantes pour le transport, il n'y en avait que pour la moitié des hommes, de sorte que pendant que deux compagnies marchaient les deux autres se reposaient et vice versa au bout de chaque heure. Les cochers se distinguaient par leur insolence et plusieurs fois, il n'eut fallu qu'un mot de plus, pour que les soldats furieux ne les assaillissent. La marche se reprenait avec gaieté, chaque matin, et il semblait y avoir un concours entre les marcheurs où le prix devait appartenir à celui qui monterait le moins souvent en waggon.

Les 28 et 29 avril, la marche fut encore plus pénible que d'habitude. Il fallait traverser des marais puants, et aider les chevaux à tirer les waggons de la boue noire où ils étaient enfoncés; puis lorsque les chemins étaient beaux, les voitures étaient traînées si vite que les soldats devaient se mettre au pas de course pour les suivre. Ajoutez à cela une chaleur atroce et vous aurez quelqu'idée de la fatigue des soldats et de leurs misères.

L'avant-dernière journée avant d'arriver à Edmonton, les habitants de ce dernier endroit se rendirent à la rencontre du bataillon avec des voitures et la route s'est terminée d'une manière assez confortable.

Le voyage dans les prairies où l'immensité est le seul horizon qui s'offre à la vue ennuyée de la monotonie des tableaux, est long et fatiguant. Quelques fois, arrivés au pied d'un coteau, les soldats s'élançaient au pas de course pour le gravir espérant trouver quelque changement dans la mise en scène, mais s'arrêtaient sur le sommet désappointés et plus découragés qu'avant à la vue de la plaine qui se déroulait immense devant leurs pas. Après la traversée de la rivière du Chevreuil Rouge, la scène changea quelque peu, et souvent les plus ennuyés se reposaient la vue par la contemplation de jolis tableaux. Ici, une belle prairie arrosée par un joli petit lac, au pied de quelque coteau verdoyant, là un bosquet aux décors gracieux, élevé au milieu de la plaine par quelque fée antique et entretenu par les nymphes des prairies pour recevoir leurs fiancés ailés. Un peu partout, dans un désordre charmant, de jolis petits bois parsèment la vaste plaine. Les rivières le long de la route sont peu profondes, et sont toutes guéables à l'exception de la Saskatchewan. L'eau de ces rivières alimentée par les lacs des montagnes du Nord est froide, souvent troublée et d'une apparence bourbeuse; cependant elle est généralement potable.