La nourriture pendant tout le voyage se composa de, biscuits durs (hard tacks), de viandes en boîte ou de bacon et de thé; avec ces mets les grands festins étaient rares. Cependant le gibier abondait de toutes parts, mais la défense de tirer était des plus sévères. Les canards étaient innombrables, les poules des prairies s'abattaient à quelques pas des soldats et les lièvres leur passaient entre les jambes, mais la règle du, général était inflexible; aussi le gibier fut-il laissé en paix.
Le premier détachement a beaucoup souffert du manque de sel. Il y en avait deux sacs mais le quartier-maître ne les trouva que le dernier jour.
Le service était assez pénible. Tous les soirs, gardes doubles et trois patrouilles pendant la nuit. Ces dernières ne sont pas ce qu'il y a de plus amusant, vu la vigilance qu'elles demandent et la responsabilité qu'elles imposent.
Cependant, la santé a toujours été bonne pendant le voyage, malgré la fatigue, les changements de température et les nuits passées près de marais pestilentiels. Quelques fois, après une longue journée de fatigues, on se couchait sur la terre humide pour se réveiller étendu dans l'eau. La salubrité du climat ne saurait donc être trop vantée. Quelques jours le soleil chauffait avec tant de force que plusieurs soldats eurent la figure brûlée, d'autres changèrent de peau une couple de fois. Il faut dire que les coiffures dont le gouvernement avait pourvu ses défenseurs en partant de Montréal n'étaient d'aucune utilité dans la plaine; c'était le grand chapeau de feutre à larges bords qu'il aurait fallu. Tel pays, tel chapeau.
Le premier détachement, arriva à Edmonton, le 1er mai. Il fut saluée par une salve d'artillerie et par les acclamations de la population qui s'était rendue sur la rive pour le recevoir. On y attendit le second détachement dont nous allons maintenant nous occuper.
CHAPITRE IV.
LE BATAILLON GAUCHE.
A travers la Plaine.
Le bataillon gauche du 65e se Composait comme suit:
Major Dugas; adjudant Robert.