A droite, le village avec ses jolies petites maisons blanches à contrevents verts on jaunes, la petite chapelle qui lève humblement vers le ciel sa croix de bois blanc, le tout décoré fraîchement par la nature qui fait pousser partout une herbe d'une verdure aux nuances variées.

Et devant eux, à perte de vue, des plaines immenses, traversées ça et là par de frais ruisseaux à l'eau limpide, accidentées par des tertres et des mamelons dispersés par-ci par-là dans le plus agréable désordre.

Vers les six heures, nous étions revenus à bord du vaisseau. Des retardataires nous apprennent la mort du soldat Millen de la batterie B.

Il avait été tué accidentellement par une balle de sa propre carabine en escortant un Sauvage au Fort.

Lundi, 6—A 4 1/2 h. du matin, l'on coupe les amarres et bientôt Battleford disparaît au moment où nous tournons la première pointe. Le vent s'était élevé et le bateau marchait très-vite.

Il était vraiment curieux de voir comme les écueils étaient passés et comme les bancs de sable disparaissaient vite à droite et à gauche. Tout à coup, vers les neuf heures, le bateau arrête.

Le vent était devenu si violent que la "Baroness" était aussi bien échouée que jamais bateau ne l'a été. Voyant tous leurs efforts aboutir à rien, les matelots devinrent de mauvaise humeur, le capitaine se fit de la bile et nous dûmes passer le reste de la journée au milieu de la rivière, exposés au vent, avec la consolation, cependant, de n'être pas troublés dans notre sommeil par les maringouins qui n'oseraient pas entreprendre la périlleuse traversée de la rive au navire pour le faible plaisir de nous exciter le tempérament.

Mardi, 7—Le lever a lieu à six heures, Le vent continue toujours, mais on travaille avec ardeur à déchouer le vaisseau. On met une chaloupe à l'eau et quelques matelots vont à terre, attacher un bout de câble à un arbre pour aider à la manoeuvre.

Après plusieurs essais infructueux, l'on réussit enfin à mettre le vaisseau à flot. Il est huit heure» et demie. Pour passer le temps ou pour toute autre raison inconnue à celui qui écrit ces lignes, on eut deux heures d'exercice à bord du vaisseau. Comme l'espace manquait un peu, on procédait par demi-bataillon; les compagnies 1, 2, 3 et 4 commencent, puis après avoir fait tous les mouvements de l'exercice manuel sous les ordres de l'instructeur Labranche, elles se retirent sur le devant du navire pour faire place aux autres compagnies. Quand ces dernières ont fini chacun regagne sa place et s'étend sur sa couverte. On n'avait pas d'autre endroit pour se reposer. Notre couverte formait notre chambre de solitaire, les murs étaient invisibles; jamais aucun importun ne venait nous y relancer, on n'avait pas de place pour le recevoir. Quelques fois deux amis voisins transformaient leurs deux chambres en une seule et habitaient sur le même palier. L'ameublement était modeste. Un knapsack couché sur le côté servait de siège le jour et d'oreiller la nuit; notre capote qui, le jour, servait de bourrure à notre unique fauteuil, la nuit, remplaçait le matelas absent; quant aux cadres, presque toutes les chambres en étaient encombrées; quelques uns les changeaient tous les jours, c'étaient nos rêves encadrés dans la frêle boisure de nos espérances et suspendus au fil invisible de nos illusions. Vers une heure et trois quarts, l'adjudant Starnes inspecta les sergents.

À deux heures et demie le bateau arrête et tous descendent à terre. Pendant que les hommes de fatigue entrent des provisions, le reste du bataillon fait l'exercice militaire.