Mercredi 15.—Enfin nous entrons dans la Rivière Rouge. Nous passons devant Victoria et, vers midi, nous arrêtons à West Selkirk. De grandes tables ont été disposées sous les arbres.
L'on s'y rendit en rangs. Un sandwich au jambon accompagné de quatre ou cinq gâteaux de différentes formes nous attendait. Au bout de chaque table un baril de Lager beer était à la disposition des plus altérés, et tout le monde l'était; aussi chacun fit-il honneur à tout.
Pendant le repas, des circulaires imprimées, nous forent distribuées; c'était une lettre de bienvenue signée par le maire de Selkirk. A peine avions-nous vidé notre baril de bière que le Lieutenant des Georges fit son apparition; il fut reçu avec force hourras! et aux applaudissements de tous. Après dîner l'on retourna aux bateaux. Après une heure d'attente, on nous mena de l'autre côte de la rivière à East Selkirk.
Le transport du bagage se fit avec une promptitude inaccoutumée; chacun y mettait la main, sachant que c'était la dernière fois qu'on aurait à s'occuper de ce détail. Quand tout fut débarqué, on fit bouillir la marmite et chacun but avec satisfaction un pot de thé chaud.
Après le thé on s'amusa de son mieux pour dissiper l'impatience de l'attente.
Enfin, vers huit heures, un train spécial arrive et est salué par mille cris de joie. On ne prit pas grand temps à mettre le bagage a bord, et à neuf heures nous étions en route. Tous étaient heureux à l'idée qu'ils ne descendraient de ces chars que rendus à Montréal. On chanta jusque vers les onze heures, puis chacun s'arrangea de son mieux pour dormir.
Jeudi, 16.—Le matin, la pluie commence à tomber: On nous servit du café chaud, du bon pain blanc, du homard en boite et pour dessert des pêches en boite. C'était tout nouveau et ça sentait le Montréal. Vers midi, l'on arrêta à Ignace pour dîner. Il y avait trois mois que nous n'avions pas eu autre chose que des hard-tacks, du corn-beef ou du, boeuf salé. Aussi chacun fait-il honneur au repas. Après une heure de délai, le train se remet en route et l'on se rend sans arrêt jusqu'à Port Arthur où l'on arrive vers les dix heures.
La fanfare de la ville était à la gare et joua à notre arrivée. Au-delà de 4,000 personnes nous attendaient. On nous mena souper par compagnies, aux différents hôtels de la ville. Après souper il y eut congé général et plusieurs en profitèrent largement.
Vendredi, 17.—Il était une heure du matin quand nous fûmes prêts à partir dans de nouveaux chars, Vers huit heures du matin nous étions rendus à Red Rock. Ici l'on sépara le train en deux à cause du mauvais état de la nouvelle ligne qu'on allait avoir à parcourir. Malgré les dangers de la route, le trajet se fait avec plaisir. Le chemin est des plus gais. Longeant continuellement les rives du lac Supérieur et en suivant toutes les courbes, contournant les baies, partout le paysage est magnifique. L'on passa à McKercher Harbour où nous étions arrêtés en montant, et ce fut avec plaisir qu'on se rappela nos souvenirs du mois d'avril. Le soir, vers 8 heures, le train arrêta. L'ingénieur n'osait continuer pendant la nuit à cause du mauvais état de la route, on passa la nuit en cet endroit.
Samedi, 18.—De bonne heure l'on se remet en marche. La journée fut des plus ennuyeuses. De temps à autre seulement l'attention des soldats était attirée par quelqu'affreux précipice qu'on traversait sur un pont de bois qui pliait sous le poids du char, ou par quelque tunnel qui répétait avec force les gais refrains des soldats. L'on traversa Jackfish Bay où l'on avait passé un jour et une nuit au mois d'avril dernier. Comme tout était changé! Comme tout paraissait plus gai! Cette nuit-ci l'on coucha encore en route!