Dimanche, 19.—Plus l'on approchait de Montréal, plus la gaieté augmentait. Vers midi, l'on arriva à North Bay. Il faisait une chaleur écrasante. L'on se mit en rangs et l'on s'achemina vers le lac Nipissing. Ici chacun reçut ordre de se déshabiller et de se laver. Pour plusieurs, l'ordre était superflu, mais pour quelques-uns c'était nécessaire. En quelques minutes, tout le bataillon était à l'eau et bientôt tous se débattaient au milieu des cris les plus joyeux. Après un bain d'une demi heure, l'on se rhabilla et l'on retourna aux chars en rangs. Un quart d'heure plus, tard nous étions encore en route, mais cette fois-ci, tous ensemble dans le même train. Vers huit heures du soir l'on descendit à Mattawa. Ici encore, une foule nombreuse nous attendait. Après un bon réveillon, l'on remonte à bord des chars et, vers onze heures, nous continuons notre route.

Lundi, 20.—La nuit se passa en amusements. On s'attendait à arriver à Montréal dans le cours de l'avant-midi, c'était assez pour empêcher de dormir même les plus indifférents. Vers deux heures l'on passa à Pembrooke.

Une grande foule nous salua au passage. Ceux qui furent assez chanceux de descendre des chars étaient traités comme des enfants gâtés même par les jeunes filles qui n'osaient résister à des vainqueurs si bien élevés. Un peu plus tard nous passions Carleton Place et, vers les six heures, nous étions à Ottawa. Avec quel plaisir nous serrions les mains des quelques Montréalais qui étaient venus à notre rencontre! Cette dernière partie de la route parut la plus longue.

Enfin, l'on passe Ste-Scholastique, St. Augustin, St. Martin et arrivons à Ste. Rose. Ici une véritable ovation fut faite au Col. Ouimet.

Cependant on ne pouvait attendre longtemps. Bientôt nous arrivons au Mile-End, puis à Hochelaga. De cette dernière place à Montréal ce fut le commencement de l'ovation. Enfin le train arrête. Une foule compacte se tient aux alentours de la gare. Nous serrons avec bonheur la main à plus d'un ami. Après quelque difficulté nous nous mettons en rangs, et la marche commence. Ce que, nous ressentions en voyant ces figures joyeuses qui nous saluaient de milliers de cris de joie et de bienvenue, en passant à travers ces masses de concitoyens, est impossible à décrire.

Tous ont dû le sentir comme moi, mais je ne crois pas qu'un seul puisse le dépeindre. Enfin nous arrivons à l'église Notre-Dame. Chacun est ému au plus profond du coeur et sent des larmes de reconnaissance lui monter aux yeux. Notre compagnie marcha en avant jusqu'auprès de la chaire. Tout à coup, parmi cette foule immense, mes yeux ont distingué une figure de femme. En un instant je la considérai de la tête aux pieds. Elle avait les yeux remplis de larmes et était montée sur un banc pour voir. En m'apercevant, elle se prit à trembler de tous ses membres et tomba à genoux. Je me jetai à son cou et je ne sais trop si je ne fus pas obligé d'essuyer une larme en sentant ses lèvres froides sur mon front brûlant. C'était ma mère. Elle était bien changée. Quelques mèches grises se mêlaient à ses cheveux autrefois d'un si beau noir, et pour la première fois je vis quelques rides sillonner sa figure. Je ne sais trop ce qui se passa en moi alors; mais à genoux tous deux, nous remerciâmes Dieu de notre réunion, ayant déjà oublié les dangers de la route et les ennuis de l'absence.

Après le Te Deum, nous allâmes à la Salle d'Exercice, puis au marché Bonsecours où nous fumes congédiés. La campagne était finie.

FIN DE LA DERNIÈRE PARTIE.

NOTES

L'auteur a cru devoir ajouter à la fin de cet ouvrage quelques notes qui, croit-il, intéresseront le lecteur. S'il y a mêlé quelques souvenirs personnels, le lecteur voudra bien ne pas y voir aucun orgueil de sa part, maie croire qu'il ne l'a fait que pour compléter le récit historique de la campagne.