Tous les voyageurs sont d'accord pour reconnaître aux Finnois un entêtement invincible. Quand ils ont dit non, inutile d'insister, on perdrait son temps[24]. Dans l'amalgame des deux races les Slaves ont hérité de cette ténacité dans les entreprises qui fait leur gloire et leur force sur les champs de bataille.
[24] S. Sommier, Note di viaggio. Florence.
A côté des Finnois, les Tatars forment un élément important dans la population du gouvernement de Kazan. Sous le nom de Tatar, les Russes désignent les différentes tribus de race turque et de religion musulmane établies sur le territoire européen de l'empire. Dans leur bouche, Tatar est synonyme de Mahométan. Actuellement l'effectif de ces croyants dans la Russie d'Europe est d'environ deux millions et demi, un million et demi dans le bassin du Volga et le reste en Crimée.
Les Tatars sont les débris des invasions mongoles restés sur le sol russe. Séparés de leurs vainqueurs par la religion et par l'organisation de la famille, les vaincus ne se sont point fondus avec leurs nouveaux maîtres et dans la formation de la nationalité russe n'ont point constitué un élément aussi important que les Finnois.
Cependant leur influence n'a pas été sans importance sur les Slaves. Sur les populations finnoises du Volga, elle a été beaucoup plus marquée. Dans cette partie de l'Europe s'est produit un phénomène d'assimilation semblable à celui qui se passe aujourd'hui en Afrique, où les Musulmans élèvent les peuplades fétichistes à un état de civilisation relativement supérieur. Les Tatars ont été les premiers éducateurs des populations finnoises.
Les différentes tribus de race turque éparses dans la Russie ont des origines très diverses; aussi pour les reconnaître a-t-on l'habitude de joindre à la dénomination générique de Tatars le nom de la région où ils sont établis. On distingue ainsi les Tatars de Riazane, d'Astrakane, de Kazan, etc.
Les Tatars de Kazan sont des Turcs mélangés d'éléments mongols. On observe surtout des yeux bridés et des pommettes saillantes dans les classes inférieures; les gens aisés ont, au contraire, un type aryen assez marqué, dû à des unions fréquentes avec des coreligionnaires boukhares[25]. Ces musulmans se donnent le nom de Bourgarliks; dans leur pensée ils seraient les descendants des anciens Bulgares. Ce sont, pour la plupart, des gens intelligents, sobres, honnêtes, économes et de relations sûres. Leur force musculaire est très grande, et sous ce rapport plusieurs portefaix tatars jouissent d'une réputation légendaire. Tous ont les oreilles très écartées de la tête, déformation produite par l'usage de lourds bonnets en peau de mouton.
[25] Sommier, Note di viaggio.
Le gouvernement de Kazan ne renferme pas moins de 638 000 Tatars, la plupart établis dans la partie nord-est de la province. Dans les arrondissements de Mamadyche, Tétiouche et Tsarévokoktchaïsk, ils se trouvent en nombre supérieur aux Russes.
Mieux que toute description, une courte statistique fait ressortir le kaléidoscope des races établies autour de Kazan. A côté des 638 000 Tatars vous rencontrez 850 000 Russes et 594 400 Finnois appartenant à trois tribus distinctes. Ajoutez à cela quelques milliers d'Allemands, de Polonais et de Juifs. Il y a là comme un résumé vivant des principales populations de l'Empire.