[37] Sans doute une flèche destinée à la chasse des animaux à fourrure et arrondie pour ne pas endommager les peaux, comme en emploient les Ostiaks.
Très curieuse est leur embarcation. Un simple tronc d'arbre creusé dont les bords sont exhaussés par deux planches. Les pirogues des Indiens ne sont pas plus primitives.
Le lendemain nous quittons définitivement Parate pour aller visiter un village païen situé très loin dans la campagne, à l'écart des chemins battus.
Cithare tchérémisse.
A notre arrivée, tout le monde est en liesse, un mariage va être célébré prochainement, le fiancé est venu rendre visite à sa future épouse et pour fêter cet heureux événement bon nombre de gens ont bu plus que de raison, le fiancé tout le premier. L'eau-de-vie joue un rôle très important dans la conclusion des mariages et c'est par des libations que la jeune fille marque son consentement à l'union projetée. Dans l'arrondissement de Vétlouga, raconte M. Smirnov, lorsqu'un jeune homme a fait choix d'une femme, il se rend à son domicile accompagné d'un compère, le svatoune (littéralement: épouseur, marieur), chargé de débattre les conditions de l'hymen. Tous deux sont munis de bouteilles. «Nous sommes venus faire boire la fille», disent-ils aux parents en entrant dans leur maison; en même temps le jeune homme présente à la jeune fille une bouteille de vodka (eau-de-vie de grain). Consent-elle à l'union, elle accepte la bouteille et en offre immédiatement une rasade au jeune homme. Celui-ci lui présente à son tour un verre, et une fois qu'elle a bu, la jeune fille régale ses parents et le svatoune. C'est maintenant à ce dernier de parler, mais, avant d'entamer la discussion des questions d'intérêt, nouvelles libations. Quand tout est conclu, la fiancée reconduit son futur époux dans la cour en lui offrant de nouveau à boire, juste à ce moment de la cérémonie nous arrivons. La fiancée accompagne toute souriante le jeune homme à sa pletionka; évidemment c'est un mariage d'inclination, le futur est complètement ivre.
Dans cette région, depuis un siècle tous les indigènes sont monogames. Actuellement, seuls les Tchérémisses des arrondissements de Krasnoufimsk (gouvernement de Perm) et de Birsk (gouvernement d'Oufa) possèdent des harems, encore la plupart n'ont-ils que deux femmes. A ces deux femmes et aux enfants qui en sont issus la coutume reconnaît des droits égaux.
Chez les Tchérémisses, le mariage était encore opéré au XVIIIe siècle par le rapt. Aujourd'hui cette coutume barbare n'est plus pratiquée que par les Tchérémisses orientaux, qui, moins soumis à l'influence slave, ont mieux conservé les anciens usages. Généralement il y a accord préalable entre le ravisseur et la jeune fille; parfois cependant se produisent de véritables rapts accompagnés de violence et suivis de tentatives de suicide de la part de la jeune fille violentée.
Sous l'influence musulmane, cette pratique sauvage a été remplacée presque partout par l'achat de la jeune fille. Le futur époux achète sa fiancée, comme il achèterait une tête de bétail. Ici le prix d'une femme, le kalim, varie de 5 à 100 roubles, quelquefois moins: des filles pauvres sont cédées par leurs parents pour quelques bouteilles d'eau-de-vie. Que la future soit jolie ou laide, qu'elle ait ou non toutes les qualités d'une bonne maîtresse de maison, peu importe pour la fixation du kalim. Tout dépend de la fortune du futur et des conditions qu'il pose pour la dot. Est-il riche et peu exigeant, d'autre part les parents désirent-ils se débarrasser de leur fille, le kalim sera naturellement de faible valeur.