Femmes tchérémisses au puits.
Actuellement la vente de la fiancée n'est plus qu'un symbole exprimant le consentement des parties, et le kalim est rendu au futur sous forme de dot. Cette dot consiste en vêtements, ornements, pièces d'argent et quelquefois en animaux domestiques.
Chez les Tchérémisses convertis, les mariages sont naturellement célébrés à l'église, mais la cérémonie est toujours suivie de pratiques païennes. Dans l'arrondissement de Kosmodémiansk, au retour de l'église, les époux sont conduits dans la kouda. Là, au bout d'une baguette pointue, on leur offre un gâteau consacré à l'esprit de la maison, et chacun doit en manger un morceau. M. Smirnov, auquel nous empruntons ce renseignement, voit dans cette coutume l'admission de l'épouse au culte des dieux de la maison dans laquelle elle entre. A l'appui de cette explication, il cite un autre usage. Une fois arrivée dans sa nouvelle demeure, l'épouse revêt de suite les vêtements de femme mariée et va puiser de l'eau, accompagnée de toutes les jeunes filles du cortège. Avant de remplir ses seaux, elle lance dans la fontaine trois perles de verre ou une pièce de monnaie, pour bien disposer en sa faveur l'esprit de l'eau, qui pourrait lui jeter quelque maléfice, à elle étrangère.
Les Tchérémisses ont une civilisation primitive qui leur est propre. Dans les arts du dessin, les broderies exécutées par les femmes sont, comme nous l'avons dit plus haut, des chefs-d'œuvre d'ornementation. Ces travaux d'aiguille, aussi chatoyants par l'harmonie des teintes que par la vivacité des couleurs, décèlent de véritables artistes, et les pauvres Finnoises n'emploient jamais de modèles. Ces broderies sont le produit de leur imagination et chaque district a ses dessins particuliers. Les ornements de la chemise servent ainsi en quelque sorte de passeport aux femmes tchérémisses en indiquant leur lieu d'origine. De plus, ces Finnois ont su inventer des instruments de musique, une cithare, une cornemuse et un tambour. Les accords que les Tchérémisses tirent de ces instruments sont loin d'être harmonieux: ils chantent en majeur et l'accompagnement est en mineur[38]. Une fois les musiciens en train, cela devient un bacchanal épouvantable: aussi chaque fois qu'un orchestre tchérémisse se faisait entendre, fallait-il entraver avec soin les chevaux qui se trouvaient dans la cour.
[38] Sommier, loc. cit.
Après avoir passé toute la journée au milieu des Tchérémisses païens, nous repartons le soir même pour Kazan. Une agréable fraîcheur a succédé à la chaleur étouffante de la journée et c'est plaisir de courir la campagne à la rapide allure des excellents chevaux russes. Doucement bercés par le mouvement de la pletionka, nous nous endormons bientôt pour ne nous réveiller qu'aux portes de Kazan. A ce moment le soleil se lève radieux dans un ciel d'un bleu merveilleusement nuancé. Les dômes, les campaniles multicolores étincellent de lumière, leur masse enveloppée d'une légère gaze de vapeurs matinales semble flotter en l'air; dans le demi-réveil, cette vision semble un rêve.
CHAPITRE IV
LE PAGANISME EN EUROPE
La religion tchérémisse.—Ses dieux.—Prière tchérémisse.—Bois sacrés.—Clergé tchérémisse.—Sacrifices.—Fêtes religieuses.—Rites funéraires.