A la même époque, le jour où l'on mange les premiers pains faits avec de la farine nouvelle, pour remercier le soleil d'avoir mûri la récolte, le chef de famille procède à une petite cérémonie. Il s'en va dans la cour et, se tournant vers le soleil, élève au-dessus de la tête un plat rempli de pain.
Avant le mariage a lieu un petit sacrifice; une fois les parties d'accord relativement au kalim, elles jettent quelques-uns des gâteaux apportés par le fiancé dans un feu allumé à cet effet.
Les funérailles et le culte des morts sont également l'occasion de cérémonies bachiques.
Le cadavre, préalablement lavé et revêtu d'habits propres, est déposé dans une bière percée d'une petite ouverture, sans doute pour que l'esprit du mort puisse respirer. Sur des tombes de Lapons russes nous avons également observé une petite fenêtre analogue à celle ménagée dans la bière tchérémisse[45]. Pour ces primitifs la tombe est une demeure. Dans le cercueil on dépose des morceaux de toile, de petites bougies en cire, une écuelle dans laquelle on place quelques morceaux de crêpe et dans laquelle on verse de l'eau-de-vie, en prononçant les paroles suivantes: «Que cette crêpe arrive jusqu'à toi, ne pars pas sans boire ni manger, toi qui as faim».
[45] Si le corps n'est pas enfermé dans une bière, la tombe est percée d'une petite fenêtre. (S. Sommier, Note di viaggio.)
Au moment où le cortège quitte la maison mortuaire, une poule est égorgée. Avant de le descendre en terre, on coiffe le mort d'un bonnet, on lui met des gants et on dépose sur sa poitrine trois crêpes et une pièce d'un kopek, en disant: «Que cet argent te serve à acheter la terre». Dans les idées des Tchérémisses le mort doit mener dans un autre monde la même existence qu'ici-bas, croyance fort ancienne que l'on retrouve chez les peuples de l'antiquité. D'après des renseignements donnés à M. Sommier par un Tchérémisse de Kosmodémiansk, cet argent serait destiné à acheter le juge siégeant dans l'autre monde. Les pelles qui ont servi à creuser la tombe et les cordes employées à descendre le cercueil sont abandonnées sur le lieu de sépulture. Si le mort est un enfant, on dépose son berceau sur la tombe.
De retour à la maison, tous les assistants se mettent à table. A ce festin un membre de la famille vêtu des défroques du mort représente le défunt. Pendant ce repas et tous ceux qui suivent quarante jours durant, une écuelle contenant une petite portion des aliments servis sera placée en l'honneur de celui que la famille a perdu[46].
[46] Nous retrouverons la même coutume chez les Ostiaks. Voir plus loin, p. 237.
En mémoire du défunt trois autres cérémonies ont lieu le troisième, le septième et le quarantième jour après le décès. Cette dernière est la plus importante. Au coucher du soleil, la famille se rend à la tombe, dépose sur le sol un pain, y répand de l'eau-de-vie et invite le mort à se rendre à la fête préparée en son honneur.
De retour à la maison, les membres du cortège crient à la personne venue au-devant d'eux: «Nous ramenons comme convive un tel, faites-lui bon accueil, invitez-le à entrer dans l'habitation». Immédiatement on appelle le mort en le priant de venir prendre place au festin préparé. Aussitôt les convives à table, le karte allume une chandelle près de l'écuelle du défunt, puis verse des aliments et du liquide dans l'écuelle de celui en l'honneur duquel a lieu la cérémonie, en prononçant les paroles suivantes: «Que ce régal, nourriture et boisson, arrive jusqu'à toi; puisses-tu avoir beaucoup à boire et à manger». Après cela les voisins viennent apporter en l'honneur du défunt différentes victuailles, et chaque fois le karte nomme au mort la personne qui lui fait ce cadeau. Pendant ce temps les musiciens jouent de la cornemuse et de la harpe.