On traverse en bac le Volga, divisé en deux bras par un îlot constitué de fines particules sablonneuses, puis on court à travers une riante campagne fraîche et ombreuse. Les habitants de Kakchamar ne présentent aucune différence appréciable avec les Tchérémisses que nous avons vus jusqu'ici, ils nous semblent seulement avoir plus subi l'influence russe que leurs congénères des environs de Tsarévokoktchaïsk. Les broderies qui ornent les vêtements des femmes sont sans art et sans caractère.
Nous passons une partie de la nuit sur le ponton de Soundéri à attendre le vapeur. C'est demain grande fête à Kazan. Tous les ans à pareille époque, on transporte la célèbre image de Notre-Dame de Kazan d'un couvent situé aux environs de la ville, dans l'une des églises du Kremlin, où elle demeure quelque temps. Cette icone jouit d'une grande réputation dans toute la Russie, et de très loin une foule de fidèles vient assister à la procession. Lorsque le paquebot arrive à Soundéri, il est déjà bondé d'une foule de pèlerins.
Le lendemain, à notre arrivée à Kazan, une foule compacte garnit les talus des remparts du Kremlin le long desquels doit passer la procession. De loin la masse rouge des femmes fait l'effet d'un immense champ de coquelicots. Il est neuf heures du matin et le cortège ne passera qu'à midi, néanmoins tout le monde attend calme et résigné, sous un soleil ardent de 35° à 40° et sous une pluie de poussière!
Aujourd'hui nous voyons Kazan sous un de ses mauvais côtés. La poussière tombe dru, comme une ondée; au lieu d'eau c'est du sable qui tombe du ciel.
J'aurais vivement désiré voir le défilé de la procession, mais pour cela il eût fallu rester tête nue sous un soleil flamboyant. Je n'assistai qu'à la fin de la cérémonie, et bien m'en prit: à plus de 200 mètres de la procession il fallait se découvrir, et à l'ombre le thermomètre s'élevait à +27°. Néanmoins aucun des pieux assistants ne paraissait s'apercevoir de la chaleur. La foi protège de tout!
Avec cette foule de fidèles, impossible de trouver un coin dans un hôtel. Le bon Latif, le préparateur de M. Mislavsky, m'offrit l'hospitalité dans son sous-sol de l'Université sur un canapé en bois. Ce fut ma première bonne nuit en Russie et le lendemain j'étais frais et dispos pour le voyage de Perm.
CHAPITRE VI
LES PERMIAKS
La Kama.—Perm.—Les Permiaks.—Costumes et habitations de ces indigènes.
Les plaines ensoleillées de Kazan et leur grouillement multicolore de races diverses sont maintenant loin de nous. Nous avons quitté la région asiatique du Volga pour nous diriger vers Tcherdine, point de départ de notre exploration projetée dans le bassin de la Petchora.