Les Tchouvaches mettent en pratique le dicton: charité bien ordonnée commence par soi-même. Ils mangent la chair des victimes sacrifiées et en l'honneur des dieux se contentent de faire brûler les os. Dans les cérémonies publiques la direction du culte, si l'on peut s'exprimer ainsi, et la charge d'immoler les animaux appartiennent à des prêtres appelés iomzi, dont la situation paraît équivalente à celle des kartes chez les Tchérémisses. En tous temps le iomzi jouit d'un certain prestige auprès de ses compatriotes, joignant au sacerdoce les professions de rebouteur et de charlatan.

Les fêtes publiques portent le nom de simik; elles durent généralement plusieurs jours. Un jour les habitants d'un village sacrifient et de tous les environs on vient prendre part à l'agape sacrée, puis le lendemain c'est au tour d'un autre hameau de régaler les hommes en l'honneur des dieux. Les différents villages s'offrent ainsi une série de tournées.

Pendant toute la durée des fêtes, les Tchouvaches ne doivent pas travailler, même en cas d'urgence. Ceux qui transgressent cette défense risquent une correction; il y a quelques années, un indigène aurait été tué pour n'avoir point respecté cette coutume. Du 24 au 29 juin les indigènes célèbrent une grande fête. Quelque temps auparavant, le jeudi qui précède la Trinité du calendrier russe, a lieu la commémoration des morts. La cérémonie consiste en ripailles et beuveries; ce jour-là, nous disait l'ispravnik de Tsévilsk, le cimetière devient un cabaret.

Chaise tchouvache.

Les sacrifices privés sont faits en vue d'obtenir la guérison d'un malade ou à l'occasion des principaux événements de la vie domestique, naissance, mariage. Ainsi, après que la demande du jeune homme a été agréée par la jeune fille, celui-ci rend grâce aux dieux, en faisant un petit sacrifice à la première bifurcation qu'il rencontre sur sa route. Il répand, par exemple, sur le sol de l'eau-de-vie.

Voici maintenant une recette de médecine populaire qui nous a été communiquée par les Tchouvaches. Elle remplace pour eux les pastilles Géraudel. Si elle n'est pas efficace, elle se recommande par sa simplicité. Êtes-vous enrhumé, vous n'avez qu'à jeter des œufs dans un puits et vous êtes débarrassé de votre toux.

Tous les peuples d'origine finnoise ont pour l'ours une sorte de vénération et supposent à cet animal un pouvoir surnaturel. Les Tchouvaches partagent ces superstitions et attribuent aux excréments de maître Martin le pouvoir de purifier l'endroit où il les dépose. Aussi, lorsque des saltimbanques promènent dans la campagne quelques-uns de ces animaux, ne manquent-ils pas de les faire entrer dans la cour de leurs habitations.

Chez les Tchouvaches nous n'avons observé qu'un seul instrument de musique, une cithare pareille à celle des Tchérémisses. Leur danse consiste en sautillements accompagnés de battements de mains.

Le 7 juillet, nous revenons sur le Volga à Soundéri, ou Marjinskii, petite ville située en aval de Tchéboksari. En attendant le vapeur qui doit nous transporter à Kazan, nous allons visiter Kakchamar, village habité par des Tchérémisses de montagnes, bien qu'il soit situé sur la rive des prairies.