Les habitants d'Oust-Pojeg et en général les Zyrianes de la Petchora supérieure sont tour à tour, suivant les saisons, agriculteurs, chasseurs ou pêcheurs. Sous un climat aussi rude que celui de cette région la culture ne fournit que des ressources précaires et insuffisantes. Survienne une gelée en août, la récolte est perdue; même dans les bonnes années, elle ne peut donner le pain quotidien aux indigènes, et les pauvres gens mourraient de faim l'hiver si la chasse et la pêche ne leur fournissaient les moyens d'acheter de la farine aux marchands de Tcherdine.

Paysage de la haute Petchora et piège à prendre les coqs de bruyère.

A Oust-Pojeg et dans la vallée supérieure de la Petchora, on cultive quelques carrés de seigle, d'orge[78], de pommes de terre, de choux et de raves[79]. Les instruments aratoires employés par les Zyrianes sont la charrue à bêche[80] (soka) et une herse avec dents en bois. Aux produits de cette agriculture primitive les indigènes ajoutent ceux de l'élevage du bétail. Ils ont des chevaux, des vaches, des moutons, mais point de chèvres ni de porcs[81]. A Oust-Pojeg une vache vaut environ 50 francs, un cheval 100 francs, une brebis 3 fr. 50 à 5 francs, une poule 1 fr. 50 et un chien de chasse de 12 à 18 francs. Jugez par ces prix de la valeur de l'argent dans ce désert.

[78] Dans le bassin de la Petchora, la limite septentrionale des céréales passe un peu au-dessous de 66° de lat. N. A Oust-Oussa, l'orge vient à maturité et quelquefois le seigle (Schrenk, Reise nach dem Nordosten des europäischen Russlands, etc. Dorpat, 1848 et 1854). Dans le volost d'Oust-Chtchougor il n'y a cependant aucune culture.

[79] Le village possède 70 hectares et demi de terres cultivables.

[80] Instrument également en usage dans la vallée du Volga.

[81] Statistique du bétail dans les cantons de Troïtskoïé Petchorskoïé, de Savinoborskoïé et d'Oust-Chtchougor (1889):

Bêtes à cornes.Chevaux.Moutons.
Troïtskoïé Petchorskoïé5873571 167
Savinoborskoïé4762291 191
Oust-Chtchougor3402141 605

Jadis la chasse procurait aux Zyrianes le plus clair de leur revenu, mais aujourd'hui le gibier a, paraît-il, beaucoup diminué, surtout les lagopèdes. Ces oiseaux, racontent les indigènes, ont été poussés vers le nord par les vents du sud, qui, affirment-ils, soufflent depuis plusieurs années, et ont été noyés dans l'océan Glacial[82].