Dans le nord du bassin de la Petchora, sur les toundras riveraines de l'océan Glacial, un certain nombre de Zyrianes sont pasteurs de rennes et par suite astreints à la vie nomade[91]. Dans le district de Poustosersk ils possèdent les troupeaux les plus nombreux, qu'ils ont acquis aux dépens des Samoyèdes. Au delà de l'Oural nous avons rencontré plusieurs de ces Finnois propriétaires de milliers de rennes, qu'ils faisaient garder par des Ostiaks.

[91] La plupart sont originaires d'Ischma. Ils vivent dans des tentes, couvertes l'été d'écorce de bouleau et l'hiver de peaux de renne.

Les Zyrianes forment une population vigoureuse et intelligente, particulièrement douée pour le commerce. Durant l'hiver un grand nombre vont trafiquer avec les Ostiaks au delà de l'Oural. Dans ces transactions ils affirment leur supériorité intellectuelle par un manque complet de scrupules. L'acheteur se présente toujours avec des bouteilles d'eau-de-vie; une fois le vendeur enivré, il lui donne, en échange de belles fourrures, de la ferraille clinquante, très appréciée des Ostiaks. Il vend par exemple 1 fr. 50 des boutons en cuivre qui valent bien un centime. Dans les idées de ces Finnois comme de beaucoup de gens civilisés, le commerce c'est le vol autorisé. Mais entre eux et avec les voyageurs, les Zyrianes sont d'une scrupuleuse honnêteté. Chez ces indigènes l'usage des serrures est inconnu, tout est ouvert à tout venant et jamais rien n'est pris. La langue zyriane n'aurait même, dit-on, aucun vocable pour désigner l'idée de vol. Dans les cabanes situées sur le bord des rivières ils placent en évidence des vivres à la disposition des passants, et ceux qui en ont besoin les prennent après en avoir déposé scrupuleusement le prix habituel.

Privés pour ainsi dire de toute communication avec les pays manufacturiers, les Zyrianes fabriquent eux-mêmes leurs ustensiles de ménage. Le bois et l'écorce sont les seules matières premières qu'ils aient à leur disposition; aujourd'hui encore le fer est rare et cher dans ce pays. C'est l'âge du bois. Les assiettes et les tasses sont en pin; avec l'écorce du bouleau les indigènes confectionnent des sacs, des seaux, des bouteilles servant de salières, des cordes et des corbeilles. Leur mobilier présente une très grande analogie avec celui des Finnois de Finlande.

Plat zyriane.
Plat zyriane.
Salière zyriane.

Chez les Zyrianes, aucune trace de paganisme. Depuis longtemps ils ont été convertis au catholicisme grec; un grand nombre appartiennent toutefois aux sectes dissidentes. Dans ces pays sans voies de communication le raskol a trouvé un asile à peu près inviolable contre la persécution. Certain village habité par des vieux-croyants se trouve à plus de 230 kilomètres de l'église paroissiale, et sur toute cette distance pas de route. Les schismatiques peuvent ainsi vivre dans la paix la plus complète. En tout pays les déserts sont l'asile de la liberté.

CHAPITRE VIII

LA PETCHORA

Description générale du fleuve.—Importance historique de cette région.—La Permie et la Iougrie.—Commerce des Arabes et des Byzantins dans ces régions.—La Petchora route d'exportation pour le commerce de l'Orient.—Les Normands.—Traces d'influence scandinave relevées chez les Permiaks et les Zyrianes.—Arrivée des Novgorodiens.—Les Anglais à l'embouchure de la Petchora.—Avenir de la région de la Petchora.