La Petchora, que nous allons descendre jusqu'aux abords du cercle polaire, prend sa source dans l'Oural par 62° 11, de lat. N. Jusqu'au confluent de la Volosnitsa elle coule torrentueuse entre des berges percées de grottes: d'où son nom de Petchora. Petchora est la forme slavone du vocable russe Pechtchéra (caverne)[92]. Cette partie du fleuve, appelée Petite Petchora, n'est point navigable[93].
[92] Schrenk, loc. cit.
[93] D'après J.-Ch. Stuckenberg (Hydrographie des russischen Reichs, IIe vol. Saint-Pétersbourg, 1884), la Petite Petchora s'étendrait jusqu'au confluent de la Mouïlva.
Au delà de la Volosnitsa commence la Grande Petchora. Dans sa partie supérieure elle n'est accessible aux barges que lors des hautes eaux du printemps. Plus en aval, en été, la navigation n'est pas non plus toujours facile. Entre Troïtskoïé Petchorskoïé et Oust-Chtchougor, notre vapeur échoua à différentes reprises, bien qu'il fût à fond plat. Le milieu d'août est l'époque des plus basses eaux; dans les premiers jours de septembre, le niveau remonte sous l'influence des pluies d'automne.
Durant cinq mois, dans la partie méridionale du bassin et seulement pendant quatre dans la région nord, la navigation est possible. A Iaktchinskaya Pristane, la débâcle se produit à la fin d'avril ou au commencement de mai, et dès les premiers jours d'octobre le fleuve se recouvre de glace. Sept mois d'hiver, deux mois et demi de froid, et dix semaines d'été, tel est le climat de cette région. Certaines années le thermomètre ne reste toujours au-dessus de zéro que pendant deux mois, en juillet et août. Durant la courte période estivale la chaleur s'élève à + 26°, et en hiver le froid atteint - 44°. L'écart entre les températures extrêmes est de 70°!
A la fonte des neiges la Petchora éprouve une crue considérable. A Iaktchinskaya Pristane, le niveau des eaux resserrées entre de hautes berges s'élève d'une quinzaine de mètres; à Oust-Pojeg, où la rivière est très large, la hauteur de la crue ne dépasse guère 6 à 7 mètres et à Troïtskoïé Petchorskoïé 5 à 8 m. 50.
A la fin de l'époque quaternaire la Petchora a eu, comme les autres rivières du nord, un débit beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui. Sur tout le cours du fleuve une ligne presque continue de deux terrasses marque les variations de niveau subies par le fleuve depuis cette période géologique[94]. La position et la hauteur de ces anciennes berges sont très variables. A Iaktchinskaya Pristane, sur la rive gauche, à 10 mètres au-dessous de la surface normale de la plaine, est située une terrasse dominant d'une dizaine de mètres la berge actuelle du fleuve. A Oust-Pojeg, sur la rive droite, la plus haute terrasse atteint 35 mètres, la plus basse s'élève seulement de 6 à 7 mètres au-dessus des eaux. A Troïtskoïé Petchorskoïé, la première ligne d'ancien niveau sur laquelle est bâti le village se trouve à une douzaine de mètres au-dessus du fleuve; la seconde, surmontée par l'église, est plus élevée d'une vingtaine de mètres. A Podcherem, les deux terrasses se trouvent respectivement à 10 et 20 mètres au-dessus du niveau actuel. La hauteur des terrasses semble donc croître à mesure que l'on avance vers le nord.
[94] Sur la Kolva et la Poza, Schrenk signale également l'existence de deux terrasses très nettes situées de 100 à 200 ou 300 «brasses» l'une de l'autre.
Dans la région de la Petchora que nous avons parcourue, nous n'avons point observé la prédominance d'une berge élevée sur la rive droite, comme dans les vallées des grands fleuves de Sibérie coulant dans une direction voisine du méridien. En maints endroits la rive droite de la Petchora est basse tandis que sur le bord opposé s'élèvent de hautes terrasses. Sur la berge basse s'étend généralement à une petite distance du fleuve une suite de nappes d'eau marécageuses formant une ligne de fausses rivières.
Depuis Iaktchinskaya Pristane jusqu'à Oust-Chtchougor, nulle part nous n'avons reconnu la présence de la roche en place. Partout les berges sont constituées par des sables renfermant des strates de graviers. Par endroits ces sables plus ou moins agglutinés par un ciment ferrugineux prennent l'aspect de grès.